—Le roi, la reine-mère et moi-même, nous y assisterons avec toute la cour et les ambassadeurs...
—Une fête?... dit ironiquement le prince.
—Mieux que cela, dit la jeune reine, un acte de foi, un acte de haute politique. Il s’agit de soumettre les gentilshommes de France à la couronne, de leur faire passer leur goût pour les factions et pour les brigues...
—Vous ne leur ôterez point leur humeur belliqueuse en leur montrant de tels périls, madame, et vous risquez à ce jeu la couronne elle-même, répondit le prince.
A la fin de ce dîner, qui fut assez solennel, la reine Marie eut alors la triste hardiesse de mettre publiquement la conversation sur le procès qui se faisait en ce moment aux seigneurs pris les armes à la main, et de parler de la nécessité de donner le plus grand appareil à leur exécution.
—Madame, dit François II, n’est-ce pas assez pour le roi de France de savoir que le sang de tant de braves gentilshommes coulera? faut-il en faire un triomphe?
—Non, sire; mais un exemple, répondit Catherine.
—Votre grand-père et votre père avaient coutume d’assister au brûlement des hérétiques, dit Marie Stuart.
—Les rois qui ont régné avant moi faisaient à leur guise, et je veux faire à la mienne, répondit le roi.
—Philippe II, reprit Catherine, qui certainement est un grand monarque, a fait dernièrement, étant dans les Pays-Bas, retarder un acte de foi jusqu’à ce qu’il fût de retour à Valladolid.