Le lieutenant-général du royaume traversa la salle en y jetant un rapide coup d’œil, et y salua le duc d’Orléans qu’il y aperçut.
—Monseigneur, dit-il, voici qui peut vous apprendre à connaître les hommes: la noblesse catholique du royaume est chez un prince hérétique, en croyant que les États donneront la régence aux héritiers du traître qui fit retenir si longtemps en prison votre illustre grand-père!
Puis, après ces paroles destinées à faire un profond sillon au cœur d’un prince, il passa dans la chambre, où le jeune roi était alors moins endormi que plongé dans une lourde somnolence. Ordinairement, le duc de Guise savait vaincre par un air très-affable l’aspect sinistre de sa figure cicatrisée; mais en ce moment il n’eut pas la force de sourire en voyant se briser l’instrument de son pouvoir. Le cardinal, qui avait autant de courage civil que son frère avait de courage militaire, fit deux pas et vint à la rencontre du lieutenant-général.
—Robertet croit que le petit Pinard est vendu à la reine-mère, lui dit-il à l’oreille en l’emmenant dans la salle, on s’est servi de lui pour travailler les membres des États.
—Eh! qu’importe que nous soyons trahis par un secrétaire quand tout nous trahit! s’écria le lieutenant-général. La ville est pour la Réformation, et nous sommes à la veille d’une révolte. Oui! les Guépins sont mécontents, reprit-il en donnant aux Orléanais leur surnom, et si Paré ne sauve pas le roi, nous aurons une terrible levée de boucliers. Avant peu de temps nous aurons à faire le siége d’Orléans qui est une crapaudière de Huguenots.
—Depuis un moment, reprit le cardinal, je regarde cette Italienne qui reste là dans une insensibilité profonde, elle guette la mort de son fils, Dieu lui pardonne! je me demande si nous ne ferions pas bien de l’arrêter, ainsi que le roi de Navarre.
—C’est déjà trop d’avoir en prison le prince de Condé! répondit le duc.
Le bruit d’un cavalier arrivant à bride abattue retentit à la porte du Bailliage. Les deux princes lorrains allèrent à la fenêtre, et à la lueur des torches du concierge et de la sentinelle qui brûlaient toujours sous le porche, le duc reconnut au chapeau cette fameuse croix de Lorraine que le cardinal venait de faire prendre à ses partisans. Il envoya l’un des arquebusiers, qui étaient dans l’antichambre, dire de laisser entrer le survenant, à la rencontre duquel il alla sur le palier, suivi de son frère.
—Qu’y a-t-il, mon cher Simeuse? demanda le duc avec le charme de manières qu’il déployait pour les gens de guerre en voyant le gouverneur de Gien.
—Le connétable entre à Pithiviers, il a quitté Écouen avec quinze cents chevaux d’ordonnance et cent gentilshommes...