La jeune reine se mit avec la Grande-Maîtresse entre le chirurgien, les médecins et les autres personnages. Le premier médecin prit la tête du roi, et Ambroise fit l’injection dans l’oreille. Les deux princes lorrains étaient attentifs. Robertet et monsieur de Maillé restaient immobiles. Madame de Fiesque sortit sans être vue, à un signe de Catherine. En ce moment L’Hospital ouvrit audacieusement la porte de la chambre du roi.

—J’arrive à propos, dit un homme dont les pas précipités retentirent dans la salle et qui fut en un moment sur le seuil de la chambre royale. Ah! messieurs, vous vouliez jeter à bas la tête de mon beau neveu le prince de Condé?... mais vous avez fait sortir le lion de son antre, et le voici! ajouta le connétable de Montmorency. Ambroise, vous ne farfouillerez pas avec vos instruments la tête de mon roi! Les rois de France ne se laissent frapper ainsi que par le fer de leurs ennemis, à la bataille! Le premier prince du sang, Antoine de Bourbon, le prince de Condé, la reine-mère, le connétable et le chancelier s’opposent à cette opération.

A la grande satisfaction de Catherine, le roi de Navarre et le prince de Condé se montrèrent aussitôt.

—Qu’est-ce que cela signifie? dit le duc de Guise en mettant la main sur sa dague.

—En qualité de connétable, j’ai congédié les sentinelles à tous les postes. Tête-Dieu! vous n’êtes pas ici en pays ennemi, je pense. Le roi notre maître est au milieu de ses sujets, et les États du royaume doivent délibérer en toute liberté. J’en viens, messieurs, des États! j’y ai porté la protestation de mon neveu de Condé que trois cents gentilshommes ont délivré. Vous vouliez faire couler le sang royal et décimer la noblesse du royaume. Ah! désormais je me défie de tout ce que vous voudrez, messieurs de Lorraine. Si vous ordonnez d’ouvrir la tête du roi, par cette épée qui a sauvé la France de Charles-Quint sous son grand-père, cela ne se fera pas...

—D’autant plus, dit Ambroise Paré, que maintenant tout est inutile, l’épanchement commence.

—Votre règne est fini, messieurs, dit Catherine aux Lorrains, en voyant à l’air d’Ambroise qu’il n’y avait plus aucun espoir.

—Ah! madame, vous avez tué votre fils, lui dit Marie Stuart qui bondit comme une lionne du lit à la croisée et vint prendre la Florentine par le bras en le lui serrant avec violence.

—Ma mie, répondit Catherine à Marie en lui lançant un regard fin et froid où elle laissa déborder sa haine contenue depuis six mois, vous à la violente amour de qui nous devons cette mort, vous irez maintenant régner dans votre Écosse, et vous partirez demain. Je suis régente de fait. Les trois médecins avaient fait un signe à la reine-mère.—Messieurs, dit-elle en regardant les Guise, il est entendu entre monsieur de Bourbon, nommé lieutenant-général du royaume par les États, et moi, que la conduite des affaires nous regarde. Venez, monsieur le chancelier?

—Le roi est mort, dit le Grand-Maître obligé d’accomplir les devoirs de sa charge.