—Oui!
—Ah! tant mieux! fit Calvin.
—Et nous y essaierons de nous entendre et de dresser un acte public pour fondre les deux Églises.
—Ah! si elle avait le courage de séparer l’Église française de la cour de Rome et de créer en France un patriarche comme dans l’Église grecque, s’écria le Réformateur dont les yeux brillèrent à cette idée qui lui permettait de monter sur un trône. Mais, mon fils, la nièce d’un pape peut-elle être franche? elle veut gagner du temps.
—Ne nous en faut-il pas pour réparer notre échec d’Amboise, et organiser une résistance formidable sur tous les points du royaume?
—Elle a renvoyé la reine d’Écosse, dit Chaudieu.
—Une de moins! dit Calvin en passant sous la porte de Rives, Élisabeth d’Angleterre nous la contiendra. Deux reines voisines seront bientôt en guerre: l’une est belle et l’autre est assez laide, première cause d’irritation; puis il y a de plus la question d’illégitimité...
Il se frotta les mains, et sa joie eut un caractère si féroce, que de Bèze frissonna; car il aperçut alors la mare de sang que contemplait son maître depuis un moment.
—Les Guise ont irrité la maison de Bourbon, dit de Bèze après une pause, ils ont à Orléans brisé la paille entre eux.
—Eh! bien, reprit Calvin, tu ne me croyais pas, mon fils, quand, à ton dernier départ pour Nérac, je te disais que nous finirions par susciter entre les deux branches de la maison de France une guerre à mort! Enfin, j’ai une cour, un roi, une famille dans mon parti. Ma doctrine a fait maintenant son effet sur les masses. Les bourgeois m’ont compris, ils appelleront désormais idolâtres ceux qui vont à la messe, qui peignent les murailles de leurs temples, qui y mettent des tableaux et des statues. Ah! il est bien plus facile au peuple de démolir des cathédrales et des palais, que de disputer sur la foi justifiante ou sur la présence réelle! Luther était un disputeur, moi je suis une armée! il était un raisonneur, moi je suis un système! Enfin, mes enfants, ce n’était qu’un taquin, moi je suis un Tarquin! Oui, mes fidèles briseront les églises, ils briseront les tableaux, ils feront des meules avec des statues pour broyer le blé des peuples. Il y a des corps dans les États, je n’y veux que des individus! Les corps résistent trop, et voient clair là où les multitudes sont aveugles! Maintenant il faut mêler à cette doctrine agissante des intérêts politiques qui la consolident et qui entretiennent le matériel de mes armées. J’ai satisfait la logique des esprits économes et la tête des penseurs par ce culte nu, dépouillé qui transporte la religion dans le monde des idées. J’ai fait comprendre au peuple les avantages de la suppression des cérémonies. A toi, Théodore, à embaucher des intérêts. Ne sortez pas de là. Tout est fait, tout est dit maintenant comme doctrine, qu’on n’y ajoute pas un iota! Pourquoi Caméron, ce petit pasteur de Gascogne, se mêle-t-il d’écrire?...