—Monsieur, tout cela me paraît bien juste, répondit naïvement la jeune fille.

—Comment pouvez-vous le savoir, Minna? demanda le vieillard.

—Ah! mon père, si vous étiez allé ce matin avec nous sur les sommets du Falberg, et que vous l’eussiez vue priant, vous ne me feriez pas cette question! Vous diriez, comme monsieur Wilfrid, quand il l’aperçut pour la première fois dans notre temple:—C’est le Génie de la Prière.

Ces derniers mots furent suivis d’un moment de silence.

—Ah! certes, reprit Wilfrid, elle n’a rien de commun avec les créatures qui s’agitent dans les trous de ce globe.

—Sur le Falberg? s’écria le vieux pasteur. Comment avez-vous fait pour y parvenir?

—Je n’en sais rien, répondit Minna. Ma course est maintenant pour moi comme un rêve dont le souvenir seul me reste! Je n’y croirais peut-être point sans ce témoignage matériel.

Elle tira la fleur de son corsage et la montra. Tous trois restèrent les yeux attachés sur la jolie saxifrage encore fraîche qui, bien éclairée par les lampes, brilla dans le nuage de fumée comme une autre lumière.

—Voilà qui est surnaturel, dit le vieillard en voyant une fleur éclose en hiver.

—Un abîme! s’écria Wilfrid exalté par le parfum.