—Quoi? dit Séraphîtüs en lui lançant un regard par lequel il révélait à la jeune fille l’immense étendue qui les séparait.

—Je voudrais souffrir en votre place....

—Voici la plus dangereuse des créatures, se dit Séraphîtüs. Est-ce donc une pensée criminelle que de vouloir te la présenter, ô mon Dieu!—Ne te souviens-tu plus de ce que je t’ai dit là-haut? reprit-il en s’adressant à la jeune fille et lui montrant la cime du Bonnet de Glace.

—Le voilà redevenu terrible, se dit Minna frémissant de crainte.

La voix de la Sieg accompagna les pensées de ces trois êtres qui demeurèrent pendant quelques moments réunis sur une plate-forme de rochers en saillie, mais séparés par des abîmes dans le Monde Spirituel.

—Eh! bien, Séraphîtüs, enseignez-moi, dit Minna d’une voix argentée comme une perle, et douce comme un mouvement de sensitive est doux. Apprenez-moi ce que je dois faire pour ne point vous aimer? Qui ne vous admirerait pas? l’amour est une admiration qui ne se lasse jamais.

—Pauvre enfant! dit Séraphîtüs en pâlissant, on ne peut aimer ainsi qu’un seul être.

—Qui? demanda Minna.

—Tu le sauras, répondit-il avec la voix faible d’un homme qui se couche pour mourir.

—Au secours, il se meurt! s’écria Minna.