2º Si vous choisissez une demoiselle qui, sans être laide, ne soit pas dans la classe des jolies femmes.
Nous regardons comme un principe certain que, pour être le moins malheureux possible en ménage, une grande douceur d’âme unie chez une femme à une laideur supportable sont deux éléments infaillibles de succès.
Mais voulez-vous savoir la vérité? ouvrez Rousseau, car il ne s’agitera pas une question de morale publique de laquelle il n’ait d’avance indiqué la portée. Lisez:
«Chez les peuples qui ont des mœurs, les filles sont faciles, et les femmes sévères. C’est le contraire chez ceux qui n’en ont pas.»
Il résulterait de l’adoption du principe que consacre cette remarque profonde et vraie qu’il n’y aurait pas tant de mariages malheureux si les hommes épousaient leurs maîtresses. L’éducation des filles devrait alors subir d’importantes modifications en France. Jusqu’ici les lois et les mœurs françaises, placées entre un délit et un crime à prévenir, ont favorisé le crime. En effet, la faute d’une fille est à peine un délit, si vous la comparez à celle commise par la femme mariée. N’y a-t-il donc pas incomparablement moins de danger à donner la liberté aux filles qu’à la laisser aux femmes? L’idée de prendre une fille à l’essai fera penser plus d’hommes graves qu’elle ne fera rire d’étourdis. Les mœurs de l’Allemagne, de la Suisse, de l’Angleterre et des États-Unis donnent aux demoiselles des droits qui sembleraient en France le renversement de toute morale; et néanmoins il est certain que dans ces trois pays les mariages sont moins malheureux qu’en France.
«Quand une femme s’est livrée tout entière à un amant, elle doit avoir bien connu celui que l’amour lui offrait. Le don de son estime et de sa confiance a nécessairement précédé celui de son cœur.»
Brillantes de vérité, ces lignes ont peut-être illuminé le cachot au fond duquel Mirabeau les écrivit, et la féconde observation qu’elles renferment, quoique due à la plus fougueuse de ses passions, n’en domine pas moins le problème social dont nous nous occupons. En effet, un mariage cimenté sous les auspices du religieux examen que suppose l’amour, et sous l’empire du désenchantement dont est suivie la possession, doit être la plus indissoluble de toutes les unions.
Une femme n’a plus alors à reprocher à son mari le droit légal en vertu duquel elle lui appartient. Elle ne peut plus trouver dans cette soumission forcée une raison pour se livrer à un amant, quand plus tard elle a dans son propre cœur un complice dont les sophismes la séduisent en lui demandant vingt fois par heure pourquoi, s’étant donnée contre son gré à un homme qu’elle n’aimait point, elle ne se donnerait pas de bonne volonté à un homme qu’elle aime. Une femme n’est plus alors recevable à se plaindre de ces défauts inséparables de la nature humaine, elle en a, par avance, essayé la tyrannie, épousé les caprices.
Bien des jeunes filles seront trompées dans les espérances de leur amour!... Mais n’y aura-t-il pas pour elles un immense bénéfice à ne pas être les compagnes d’hommes qu’elles auraient le droit de mépriser?
Quelques alarmistes vont s’écrier qu’un tel changement dans nos mœurs autoriserait une effroyable dissolution publique; que les lois ou les usages, qui dominent les lois, ne peuvent pas, après tout, consacrer le scandale et l’immoralité; et que s’il existe des maux inévitables, au moins la société ne doit pas les sanctifier.