—Sire! s’écria-t-elle.
—Sire, répéta-t-il en faisant jaillir des étincelles de ses yeux, tant fut violent le premier essor de la colère excitée par le respect intempestif de sa maîtresse. Tu t’entends avec ma mère.
—Mon Dieu! s’écria Marie en regardant le tableau de son prie-Dieu et s’efforçant d’y atteindre pour y dire quelque oraison, faites qu’il me comprenne!
—Ah! reprit le roi d’un air sombre, aurais-tu donc quelque chose à te reprocher? Puis, la regardant entre ses bras, il plongea ses yeux dans les yeux de sa maîtresse:—J’ai entendu parler de la folle passion d’un certain d’Entragues pour toi, dit-il d’un air égaré, et depuis que le capitaine Balzac, leur grand-père, a épousé une Visconti à Milan, les drôles ne doutent de rien.
Marie regarda le roi d’un air si fier qu’il devint honteux. En ce moment, les cris du petit Charles de Valois, qui venait de s’éveiller et que sa nourrice apportait sans doute, se firent entendre dans le salon voisin.
—Entrez, la Bourguignonne! dit Marie en allant prendre son enfant à la nourrice et l’apportant au roi.—Vous êtes plus enfant que lui, dit-elle à demi courroucée, à demi calmée.
—Il est bien beau, dit Charles IX en prenant son fils.
—Moi seule sais combien il te ressemble, dit Marie, il a déjà tes gestes et ton sourire...
—Si petit? demanda le roi en souriant.
—Les hommes ne veulent pas croire ces choses-là, dit-elle; mais, mon Charlot, prends-le, joue avec lui, regarde-le! tiens, n’ai-je pas raison?