Ne commettez jamais l’imprudence de certains hommes qui, pour se donner un vernis d’esprit fort, combattent cette croyance féminine: que l’on conserve sa taille en mangeant peu. Les femmes à la diète n’engraissent pas, cela est clair et positif; vous ne sortirez pas de là.
Vantez l’art avec lequel des femmes renommées par leur beauté ont su la conserver en se baignant, plusieurs fois par jour, dans du lait, ou des eaux composées de substances propres à rendre la peau plus douce, en débilitant le système nerveux.
Recommandez-lui surtout, au nom de sa santé si précieuse pour vous, de s’abstenir de lotions d’eau froide; que toujours l’eau chaude ou tiède soit l’ingrédient fondamental de toute espèce d’ablution.
Broussais sera votre idole. A la moindre indisposition de votre femme, et sous le plus léger prétexte, pratiquez de fortes applications de sangsues; ne craignez même pas de vous en appliquer vous-même quelques douzaines de temps à autre, pour faire prédominer chez vous le système de ce célèbre docteur. Votre état de mari vous oblige à toujours trouver votre femme trop rouge; essayez même quelquefois de lui attirer le sang à la tête, pour avoir le droit d’introduire, dans certains moments, une escouade de sangsues au logis.
Votre femme boira de l’eau légèrement colorée d’un vin de Bourgogne agréable au goût, mais sans vertu tonique; tout autre vin serait mauvais.
Ne souffrez jamais qu’elle prenne l’eau pure pour boisson, vous seriez perdu.
«Impétueux fluide! au moment que tu presses contre les écluses du cerveau, vois comme elles cèdent à ta puissance! La Curiosité paraît à la nage, faisant signe à ses compagnes de la suivre: elles plongent au milieu du courant. L’Imagination s’assied en rêvant sur la rive. Elle suit le torrent des yeux, et change les brins de paille et de joncs en mâts de misaine et de beaupré. A peine la métamorphose est-elle faite, que le Désir, tenant d’une main sa robe retroussée jusqu’au genou, survient, les voit et s’en empare. O vous, buveurs d’eau! est-ce donc par le secours de cette source enchanteresse, que vous avez tant de fois tourné et retourné le monde à votre gré? Foulant aux pieds l’impuissant, écrasant son visage, et changeant même quelquefois la forme et l’aspect de la nature?»
Si par ce système d’inaction, joint à notre système alimentaire, vous n’obteniez pas des résultats satisfaisants, jetez-vous à corps perdu dans un autre système que nous allons développer.
L’homme a une somme donnée d’énergie. Tel homme ou telle femme est à tel autre, comme dix est à trente, comme un est à cinq, et il est un degré que chacun de nous ne dépasse pas. La quantité d’énergie ou de volonté, que chacun de nous possède, se déploie comme le son: elle est tantôt faible, tantôt forte; elle se modifie selon les octaves qu’il lui est permis de parcourir. Cette force est unique, et bien qu’elle se résolve en désirs, en passions, en labeurs d’intelligence ou en travaux corporels, elle accourt là où l’homme l’appelle. Un boxeur la dépense en coups de poing, le boulanger à pétrir son pain, le poète dans une exaltation qui en absorbe et en demande une énorme quantité, le danseur la fait passer dans ses pieds; enfin, chacun la distribue à sa fantaisie, et que je voie ce soir le Minotaure assis tranquillement sur mon lit, si vous ne savez pas comme moi où il s’en dépense le plus. Presque tous les hommes consument en des travaux nécessaires ou dans les angoisses de passions funestes, cette belle somme d’énergie et de volonté dont leur a fait présent la nature; mais nos femmes honnêtes sont toutes en proie aux caprices et aux luttes de cette puissance qui ne sait où se prendre. Si chez votre femme, l’énergie n’a pas succombé sous le régime diététique, jetez-la dans un mouvement toujours croissant. Trouvez les moyens de faire passer la somme de force, par laquelle vous êtes gêné, dans une occupation qui la consomme entièrement. Sans attacher une femme à la manivelle d’une manufacture, il y a mille moyens de la lasser sous le fléau d’un travail constant.
Tout en vous abandonnant les moyens d’exécution, lesquels changent selon bien des circonstances, nous vous indiquerons la danse comme un des plus beaux gouffres où s’ensevelissent les amours. Cette matière ayant été assez bien traitée par un contemporain, nous le laisserons parler.