Quelques poètes voudront voir, dans la pudeur, dans les prétendus mystères de l’amour, une cause à la réunion des époux dans un même lit; mais il est reconnu que si l’homme a primitivement cherché l’ombre des cavernes, la mousse des ravins, le toit siliceux des antres pour protéger ses plaisirs, c’est parce que l’amour le livre sans défense à ses ennemis. Non, il n’est pas plus naturel de mettre deux têtes sur un même oreiller qu’il n’est raisonnable de s’entortiller le cou d’un lambeau de mousseline. Mais la civilisation est venue, elle a renfermé un million d’hommes dans quatre lieues carrées; elle les a parqués dans des rues, dans des maisons, dans des appartements, dans des chambres, dans des cabinets de huit pieds carrés; encore un peu, elle essaiera de les faire rentrer les uns dans les autres comme les tubes d’une lorgnette.
De là et de bien d’autres causes encore, comme l’économie, la peur, la jalousie mal entendue, est venue la cohabition des époux; et cette coutume a créé la périodicité et la simultanéité du lever et du coucher.
Et voilà donc la chose la plus capricieuse du monde, voilà donc le sentiment le plus éminemment mobile, qui n’a de prix que par ses inspirations chatouilleuses, qui ne tire son charme que de la soudaineté des désirs, qui ne plaît que par la vérité de ses expansions, voilà l’amour, enfin, soumis à une règle monastique et à la géométrie du bureau des longitudes!
Père, je haïrais l’enfant qui, ponctuel comme une horloge, aurait, soir et matin, une explosion de sensibilité, en venant me dire un bonjour ou un bonsoir commandés. C’est ainsi que l’on étouffe tout ce qu’il y a de généreux et d’instantané dans les sentiments humains. Jugez par là de l’amour à heure fixe!
Il n’appartient qu’à l’auteur de toutes choses de faire lever et coucher le soleil, soir et matin, au milieu d’un appareil toujours splendide, toujours nouveau, et personne ici-bas, n’en déplaise à l’hyperbole de Jean-Baptiste Rousseau, ne peut jouer le rôle du soleil.
Il résulte de ces observations préliminaires qu’il n’est pas naturel de se trouver deux sous la couronne d’un lit;
Qu’un homme est presque toujours ridicule endormi;
Qu’enfin la cohabitation constante présente pour les maris des dangers inévitables.
Nous allons donc essayer d’accommoder nos usages aux lois de la nature, et de combiner la nature et les usages de manière à faire trouver à un époux un utile auxiliaire et des moyens de défense dans l’acajou de son lit.