LXIV.
La femme est pour son mari ce que son mari l’a faite.
Avoir un truchement fidèle qui traduise avec une vérité profonde les sentiments d’une femme, la rendre l’espion d’elle-même, se tenir à la hauteur de sa température en amour, ne pas la quitter, pouvoir écouter son sommeil, éviter tous les contre-sens qui perdent tant de mariages, sont les raisons qui doivent faire triompher le lit unique sur les deux autres modes d’organiser la couche nuptiale.
Comme il n’existe pas de bienfait sans charge, vous êtes tenu de savoir dormir avec élégance, de conserver de la dignité sous le madras, d’être poli, d’avoir le sommeil léger, de ne pas trop tousser, et d’imiter les auteurs modernes, qui font plus de préfaces que de livres.
MÉDITATION XVIII.
DES RÉVOLUTIONS CONJUGALES.
Il arrive toujours un moment où les peuples et les femmes, même les plus stupides, s’aperçoivent qu’on abuse de leur innocence. La politique la plus habile peut bien tromper long-temps, mais les hommes seraient trop heureux si elle pouvait tromper toujours, il y aurait bien du sang d’épargné chez les peuples et dans les ménages.
Cependant espérons que les moyens de défense, consignés dans les Méditations précédentes, suffiront à une certaine quantité de maris pour se tirer des pattes du Minotaure!
Oh! accordez au docteur que plus d’un amour, sourdement conspiré, périra sous les coups de l’Hygiène, ou s’amortira grâce à la Politique Maritale. Oui (erreur consolante!), plus d’un amant sera chassé par les Moyens Personnels, plus d’un mari saura couvrir d’un voile impénétrable les ressorts de son machiavélisme, et plus d’un homme réussira mieux que l’ancien philosophe qui s’écria:—«Nolo coronari!»
Mais, nous sommes malheureusement forcés de reconnaître une triste vérité. Le despotisme a sa sécurité, elle est semblable à cette heure qui précède les orages et dont le silence permet au voyageur, couché sur l’herbe jaunie, d’entendre à un mille de distance le chant d’une cigale. Un matin donc, une femme honnête, et la plus grande partie des nôtres l’imitera, découvre d’un œil d’aigle les savantes manœuvres qui l’ont rendue la victime d’une politique infernale. Elle est d’abord toute furieuse d’avoir eu si long-temps de la vertu. A quel âge, à quel jour se fera cette terrible révolution?... Cette question de chronologie dépend entièrement du génie de chaque mari; car tous ne sont pas appelés à mettre en œuvre avec le même talent les préceptes de notre évangile conjugal.