Nous estimons que, règle générale, un mari peut, en sachant bien employer les moyens de défense que nous avons déjà développés, amener sa femme jusqu’à l’âge de vingt-sept ans, non pas sans qu’elle ait choisi d’amant, mais sans qu’elle ait commis le grand crime. Il se rencontre bien çà et là des hommes qui, doués d’un profond génie conjugal, peuvent conserver leurs femmes pour eux seuls, corps et âme, jusqu’à trente ou trente-cinq ans; mais ces exceptions causent une sorte de scandale et d’effroi. Ce phénomène n’arrive guère qu’en province, où la vie étant diaphane et les maisons vitrifiées, un homme s’y trouve armé d’un immense pouvoir. Cette miraculeuse assistance donnée à un mari par les hommes et par les choses s’évanouit toujours au milieu d’une ville dont la population monte à deux cent cinquante mille âmes.

Il serait donc à peu près prouvé que l’âge de trente ans est l’âge de la vertu. En ce moment critique, une femme devient d’une garde si difficile que, pour réussir à toujours l’enchaîner dans le paradis conjugal, il faut en venir à l’emploi des derniers moyens de défense qui nous restent, et que vont dévoiler l’Essai sur la Police, l’Art de rentrer chez soi et les Péripéties.

MÉDITATION XX
ESSAI SUR LA POLICE.

La police conjugale se compose de tous les moyens que vous donnent les lois, les mœurs, la force et la ruse pour empêcher votre femme d’accomplir les trois actes qui constituent en quelque sorte la vie de l’amour: s’écrire, se voir, se parler.

La police se combine plus ou moins avec plusieurs des moyens de défense que contiennent les Méditations précédentes. L’instinct seul peut indiquer dans quelles proportions et dans quelles occasions ces divers éléments doivent être employés. Le système entier a quelque chose d’élastique: un mari habile devinera facilement comment il faut le plier, l’étendre, le resserrer. A l’aide de la police, un homme peut amener sa femme à quarante ans, pure de toute faute.

Nous diviserons ce traité de police en cinq paragraphes:

§ I.—DES SOURICIÈRES.

Malgré la gravité de la crise à laquelle arrive un mari, nous ne supposons pas que l’amant ait complétement acquis droit de bourgeoisie dans la cité conjugale. Souvent bien des maris se doutent que leurs femmes ont un amant, et ne savent sur qui, des cinq ou six élus, dont nous avons parlé, arrêter leurs soupçons. Cette hésitation provient sans doute d’une infirmité morale, au secours de laquelle le professeur doit venir.

Fouché avait dans Paris trois ou quatre maisons où venaient les gens de la plus haute distinction, les maîtresses de ces logis lui étaient dévouées. Ce dévouement coûtait d’assez fortes sommes à l’État. Le ministre nommait ces sociétés, dont personne ne se défia, dans le temps, ses souricières. Plus d’une arrestation s’y fit au sortir d’un bal où la plus brillante compagnie de Paris avait été complice de l’oratorien.