Mari A. (Continuant toujours.) Puis l’habitude qu’ils ont de combiner des idées leur révélant le mécanisme des sentiments, pour eux l’amour devient purement physique, et l’on sait qu’ils ne brillent pas...
Femme B. (Se pinçant les lèvres et interrompant.) Il me semble, monsieur, que nous sommes seules juges de ce procès-là. Mais, je conçois que les gens du monde n’aiment pas les gens de lettres!... Allez, il vous est plus facile de les critiquer que de leur ressembler.
Mari A. (Dédaigneusement.) Oh! madame, les gens du monde peuvent attaquer les auteurs du temps présent sans être taxés d’envie. Il y a tel homme de salon qui, s’il écrivait...
Femme B. (Avec chaleur.) Malheureusement pour vous, monsieur, quelques-uns de vos amis de la Chambre ont écrit des romans, avez-vous pu les lire?... Mais vraiment, aujourd’hui, il faut faire des recherches historiques pour la moindre conception, il faut...
Mari B. (Ne répondant plus à sa voisine, et à part.) Oh! oh! est-ce que ce serait M. de L. (l’auteur des Rêves d’une jeune fille), que ma femme aimerait... Cela est singulier, je croyais que c’était le docteur M... Voyons... (Haut.) Savez-vous, ma chère, que vous avez raison dans ce que vous dites? (On rit.) Vraiment, je préférerai toujours avoir dans mon salon des artistes et des gens de lettres (A part: Quand nous recevrons) à y voir des gens d’autres métiers. Au moins les artistes parlent de choses qui sont à la portée de tous les esprits; car, quelle est la personne qui ne se croit pas du goût? Mais les juges, les avocats, les médecins surtout... ah! j’avoue que les entendre toujours parler procès et maladie, les deux genres d’infirmités humaines qui...
Femme B. (Quittant sa conversation avec sa voisine pour répondre à son mari.) Ah! les médecins sont insupportables!...
Femme A. (La voisine du mari B, parlant en même temps.) Mais qu’est-ce que vous dites donc là, mon voisin?..... Vous vous trompez étrangement. Aujourd’hui, personne ne veut avoir l’air d’être ce qu’il est: les médecins, puisque vous citez les médecins, s’efforcent toujours de ne pas s’entretenir de l’art qu’ils professent. Ils parlent politique, modes, spectacles; racontent, font des livres mieux que les auteurs même, et il y a loin d’un médecin d’aujourd’hui à ceux de Molière...
Mari A. (A part.) Ouais! ma femme aimerait le docteur M...? voilà qui est particulier. (Haut.) Cela est possible, ma chère, mais je ne donnerais pas mon chien à soigner aux médecins qui écrivent.
Femme A. (Interrompant son mari.) Cela est injuste; je connais des gens qui ont cinq à six places, et en qui le gouvernement paraît avoir assez de confiance; d’ailleurs, il est plaisant, monsieur A., que ce soit vous qui disiez cela, vous qui faites le plus grand cas du docteur M...
Mari A. (A part.) Plus de doute.