—Pourquoi viens-tu donc si matin?... demanda Émilie.

—Oh! ma chère, ne le devines-tu pas?... j’arrive pour avoir une explication avec toi!

—Bah! un duel?

—Précisément, ma chère. Je ne te ressemble pas, moi! J’aime mon mari, et j’en suis jalouse. Toi, tu es belle, charmante, tu as le droit d’être coquette, tu peux fort bien te moquer de B..., à qui ta vertu paraît importer fort peu; mais comme tu ne manqueras pas d’amants dans le monde, je te prie de me laisser mon mari... Il est toujours chez toi, et il n’y viendrait certes pas, si tu ne l’y attirais...

—Tiens, tu as là un bien joli canezou?

—Tu trouves? c’est ma femme de chambre qui me l’a monté.

—Eh! bien, j’enverrai Anastasie prendre une leçon de Flore...

—Ainsi, ma chère, je compte sur ton amitié pour ne pas me donner des chagrins domestiques.....

—Mais, ma pauvre enfant, je ne sais pas où tu vas prendre que je puisse aimer ton mari... Il est gros et gras comme un député du centre. Il est petit et laid. Ah! il est généreux par exemple, mais voilà tout ce qu’il a pour lui, et c’est une qualité qui pourrait plaire tout au plus à une fille d’Opéra. Ainsi, tu comprends, ma chère, que j’aurais à prendre un amant, comme il te plaît de le supposer, que je ne choisirais pas un vieillard comme ton baron. Si je lui ai donné quelque espérance, si je l’ai accueilli, c’était certes pour m’en amuser et t’en débarrasser, car j’ai cru que tu avais un faible pour le jeune de Rostanges...

—Moi!... s’écria Louise... Dieu m’en préserve, ma chère!... C’est le fat le plus insupportable du monde! Non, je t’assure que j’aime mon mari!... Tu as beau rire, cela est. Je sais bien que je me donne un ridicule, mais juge-moi?... Il a fait ma fortune, il n’est pas avare, et il me tient lieu de tout, puisque le malheur a voulu que je restasse orpheline... or, quand je ne l’aimerais pas, je dois tenir à conserver son estime. Ai-je une famille pour m’y réfugier un jour?....