—Eh! n’avez-vous pas dans votre vie causé plus d’un malheur? demanda-t-elle. Souvenez-vous de toutes les larmes qui, par vous et pour vous, ont coulé!... Oh! votre passion ne m’inspire pas la moindre pitié. Si vous voulez que je n’en rie pas, faites-la moi partager...
—Adieu, madame. Il y a de la clémence dans vos rigueurs. J’apprécie la leçon que vous me donnez. Oui, j’ai des erreurs à expier...
—Eh! bien, allez vous en repentir, dit-elle, avec un sourire moqueur, en faisant le bonheur de Louise vous accomplirez la plus rude de toutes les pénitences.
Ils se quittèrent. Mais l’amour du baron était trop violent pour que les duretés de madame B... n’atteignissent pas au but qu’elle s’était proposé, la désunion des deux époux.
Au bout de quelques mois, le baron de V... et sa femme vivaient dans le même hôtel, mais séparés. L’on plaignit généralement la baronne, qui dans le monde rendait toujours justice à son mari, et dont la résignation parut merveilleuse. La femme la plus collet-monté de la société ne trouva rien à redire à l’amitié qui unissait Louise au jeune de Rostanges, et tout fut mis sur le compte de la folie de M. de V...
Quand ce dernier eut fait à madame B.... tous les sacrifices que puisse faire un homme, sa perfide maîtresse partit pour les eaux du Mont Dor, pour la Suisse et pour l’Italie, sous prétexte de rétablir sa santé.
L’intendant mourut d’une hépatite, accablé des soins les plus touchants que lui prodiguait son épouse; et, d’après le chagrin qu’il témoigna de l’avoir délaissée, il paraît ne s’être jamais douté de la participation de sa femme au plan qui l’avait mis à mal.
Cette anecdote, que nous avons choisie entre mille autres, est le type des services que deux femmes peuvent se rendre.
Depuis ce mot:—Fais-moi le plaisir d’emmener mon mari.... jusqu’à la conception du drame dont le dénouement fut une hépatite, toutes les perfidies féminines se ressemblent. Il se rencontre certainement des incidents qui nuancent plus ou moins le specimen que nous en donnons, mais c’est toujours à peu près la même marche. Aussi un mari doit-il se défier de toutes les amies de sa femme. Les ruses subtiles de ces créatures mensongères manquent rarement leur effet, car elles sont secondées par deux ennemis dont l’homme est toujours accompagné: l’amour-propre et le désir.