Quand une femme n’a pas d’amie assez intime pour l’aider à se défaire de l’amour marital, la soubrette est une dernière ressource qui manque rarement de produire l’effet qu’elle en attend.
Oh! après dix ans de mariage trouver sous son toit et y voir à toute heure une jeune fille de seize à dix-huit ans, fraîche, mise avec coquetterie, dont les trésors de beauté semblent vous défier, dont l’air candide a d’irrésistibles attraits, dont les yeux baissés vous craignent, dont le regard timide vous tente, et pour qui le lit conjugal n’a point de secrets, tout à la fois vierge et savante! Comment un homme peut-il demeurer froid, comme saint Antoine, devant une sorcellerie si puissante, et avoir le courage de rester fidèle aux bons principes représentés par une femme dédaigneuse dont le visage est sévère, les manières assez revêches, et qui se refuse la plupart du temps à son amour? Quel est le mari assez stoïque pour résister à tant de feux, à tant de glaces?... Là où vous apercevez une nouvelle moisson de plaisirs, la jeune innocente aperçoit des rentes, et votre femme sa liberté. C’est un petit pacte de famille qui se signe à l’amiable.
Alors votre femme en agit avec le mariage comme les jeunes élégants avec la patrie. S’ils tombent au sort, ils achètent un homme pour porter le mousquet, mourir à leur lieu et place, et leur éviter tous les désagréments du service militaire.
Dans ces sortes de transactions de la vie conjugale, il n’existe pas de femme qui ne sache faire contracter des torts à son mari. J’ai remarqué que, par un dernier degré de finesse, la plupart des femmes ne mettent pas toujours leur soubrette dans le secret du rôle qu’elles lui donnent à jouer. Elles se fient à la nature, et se conservent une précieuse autorité sur l’amant et la maîtresse.
Ces secrètes perfidies féminines expliquent une grande partie des bizarreries conjugales qui se rencontrent dans le monde; mais j’ai entendu des femmes discuter d’une manière très-profonde les dangers que présente ce terrible moyen d’attaque, et il faut bien connaître et son mari et la créature à laquelle on le livre pour se permettre d’en user. Plus d’une femme a été victime de ses propres calculs.
Aussi plus un mari se sera montré fougueux et passionné, moins une femme osera-t-elle employer cet expédient. Cependant un mari, pris dans ce piége, n’aura jamais rien à objecter à sa sévère moitié quand, s’apercevant d’une faute commise par sa soubrette, elle la renverra dans son pays avec un enfant et une dot.
§ VI.—DU MÉDECIN.
Le médecin est un des plus puissants auxiliaires d’une femme honnête, quand elle veut arriver à un divorce amiable avec son mari. Les services qu’un médecin rend, la plupart du temps à son insu, à une femme, sont d’une telle importance, qu’il n’existe pas une maison en France dont le médecin ne soit choisi par la dame du logis.
Or, tous les médecins connaissent l’influence exercée par les femmes sur leur réputation; aussi rencontrez-vous peu de médecins qui ne cherchent instinctivement à leur plaire. Quand un homme de talent est arrivé à la célébrité, il ne se prête plus sans doute aux conspirations malicieuses que les femmes veulent ourdir, mais il y entre sans le savoir.
Je suppose qu’un mari, instruit par les aventures de sa jeunesse, forme le dessein d’imposer un médecin à sa femme dès les premiers jours de son mariage. Tant que son adversaire féminin ne concevra pas le parti qu’elle doit tirer de cet allié, elle se soumettra silencieusement; mais plus tard, si toutes ses séductions échouent sur l’homme choisi par son mari, elle saisira le moment le plus favorable pour faire cette singulière confidence.