Marie Touchet épousa Charles de Balzac, marquis d’Entragues, gouverneur d’Orléans, de qui elle eut deux filles. La plus célèbre de ces filles, sœur utérine du comte d’Auvergne, fut maîtresse d’Henri IV, et voulut, lors de la conspiration de Biron, mettre son frère sur le trône de France, en en chassant la maison de Bourbon.

Le comte d’Auvergne, devenu duc d’Angoulême, vit le règne de Louis XIV. Il battait monnaie dans ses terres, en altérant les titres; mais Louis XIV le laissait faire, tant il avait de respect pour le sang des Valois.

Cosme Ruggieri vécut jusque sous Louis XIII, il vit la chute de la maison de Médicis en France, et la chute des Concini. L’histoire a pris soin de constater qu’il mourut athée, c’est-à-dire matérialiste.

La marquise d’Entragues dépassa l’âge de quatre-vingts ans.

Laurent et Cosme ont eu pour élève le fameux comte de Saint-Germain, qui fit tant de bruit sous Louis XV. Ce célèbre alchimiste n’avait pas moins de cent trente ans, l’âge que certains biographes donnent à Marion de Lorme. Le comte pouvait savoir par les Ruggieri les anecdotes sur la Saint-Barthélemi et sur le règne des Valois, dans lesquelles il se plaisait à jouer un rôle en les racontant à la première personne du verbe. Le comte de Saint-Germain est le dernier des alchimistes qui ont le mieux expliqué cette science; mais il n’a rien écrit. La doctrine cabalistique exposée dans cette Étude procède de ce mystérieux personnage.

Chose étrange! trois existences d’hommes, celle du vieillard de qui viennent ces renseignements, celle du comte de Saint-Germain et celle de Cosme Ruggieri, suffisent pour embrasser l’histoire européenne depuis François Ier jusqu’à Napoléon? Il n’en faut que cinquante semblables pour remonter à la première période connue du monde.—Que sont cinquante générations, pour étudier les mystères de la vie? disait le comte de Saint-Germain.

Paris, novembre-décembre 1836.


TROISIÈME PARTIE.
LES DEUX RÊVES.

Bodard de Saint-James, trésorier de la marine, était en 1786 celui des financiers de Paris dont le luxe excitait l’attention et les caquets de la ville. A cette époque, il faisait construire à Neuilly sa célèbre Folie, et sa femme achetait, pour couronner le dais de son lit, une garniture de plumes dont le prix avait effrayé la reine. Il était alors bien plus facile qu’aujourd’hui de se mettre à la mode et d’occuper de soi tout Paris, il suffisait souvent d’un bon mot ou de la fantaisie d’une femme.