—Que dis-tu? demanda le grand vieillard.
—Les blancs triomphent!
—Ne te trompes-tu pas? reprit le poète.
—Non, cher Dante! répondit le soldat dont la voix guerrière exprima les frissonnements des batailles et les joies de la victoire.
—A Florence! à Florence! O ma Florence! cria vivement Dante Alighieri qui se dressa sur ses pieds, regarda dans les airs, crut voir l’Italie, et devint gigantesque.
—Et moi! quand serai-je dans le ciel? dit Godefroid qui restait un genou en terre devant le poète immortel, comme un ange en face du sanctuaire.
—Viens à Florence! lui dit Dante d’un son de voix compatissant. Va! quand tu verras ses amoureux paysages du haut de Fiesolè, tu te croiras au paradis.
Le soldat se mit à sourire. Pour la première, pour la seule fois peut-être, la sombre et terrible figure de Dante respira une joie; ses yeux et son front exprimaient les peintures de bonheur qu’il a si magnifiquement prodiguées dans son Paradis. Il lui semblait peut-être entendre la voix de Béatrix. En ce moment, le pas léger d’une femme et le frémissement d’une robe retentirent dans le silence. L’aurore jetait alors ses premières clartés. La belle comtesse Mahaut entra, courut à Godefroid.
—Viens, mon enfant, mon fils! il m’est maintenant permis de l’avouer! Ta naissance est reconnue, tes droits sont sous la protection du roi de France, et tu trouveras un paradis dans le cœur de ta mère.
—Je reconnais la voix du ciel, cria l’enfant ravi.