—Tu as raison, Albert, on t’a donné l’ancien duché de Retz.

—Écoute, reprit le duc de Retz. La reine espère beaucoup de l’habileté des Ruggieri pour se raccommoder avec son fils. Quand notre drôle n’a plus voulu se servir de René, la rusée a bien deviné sur quoi portaient les soupçons de son fils. Mais qui sait ce que le roi porte dans son sac? Peut-être hésite-t-il seulement sur le traitement qu’il destine à sa mère, il la hait, entends-tu? Il a dit quelque chose de ses desseins à la reine, la reine en a causé avec madame de Fiesque, madame de Fiesque a tout rapporté à la reine-mère, et depuis, le roi se cache de sa femme.

—Il était temps, dit Charles de Gondi.

—De quoi faire? demanda le maréchal.

—D’occuper le roi, répondit le grand-maître qui pour être moins avant que son frère dans l’intimité de Catherine n’en était pas moins clairvoyant.

—Charles, je t’ai fait faire un beau chemin, lui dit gravement son frère; mais si tu veux être duc aussi, sois comme moi l’âme damnée de notre maîtresse; elle restera reine, elle est ici la plus forte. Madame de Sauves est toujours à elle, et le roi de Navarre, le duc d’Alençon sont toujours à madame de Sauves; Catherine les tiendra toujours en lesse, sous celui-ci, comme sous le règne du roi Henri III. Dieu veuille que celui-là ne soit pas ingrat!

—Pourquoi?

—Sa mère fait trop pour lui.

—Eh! mais j’entends du bruit dans la rue Saint-Honoré, s’écria le grand-maître; on ferme la porte de René! Ne distingues-tu pas le pas de plusieurs hommes? Les Ruggieri sont arrêtés.

—Ah! diavolo! voici de la prudence. Le roi n’a pas suivi son impétuosité accoutumée. Mais où les mettrait-il en prison? Allons voir ce qui se passe.