Madame Olivier avait bien reconnu le Montès, comment l’aurait-elle oublié? Montès lui glissait, rue du Doyenné, cent sous dans la main toutes les fois qu’il sortait, le matin, de la maison, un peu trop tôt. Si le baron s’était adressé à monsieur Olivier, peut-être aurait-il appris tout. Mais Olivier dormait. Dans les classes inférieures, la femme est, non-seulement supérieure à l’homme, mais encore elle le gouverne presque toujours. Depuis long-temps, madame Olivier avait pris son parti dans le cas d’une collision entre ses deux bienfaiteurs, elle regardait madame Marneffe comme la plus forte de ces deux puissances.

—Si je le connais?... répondit-elle, non. Ma foi, non, je ne l’ai jamais vu!...

—Comment! le cousin de madame Marneffe ne venait jamais la voir quand elle demeurait rue du Doyenné?

—Ah! c’est son cousin!... s’écria madame Olivier. Il est peut-être venu, mais je ne l’ai pas reconnu. La première fois, monsieur, je ferai bien attention...

—Il va descendre, dit Hulot vivement en coupant la parole à madame Olivier...

—Mais il est parti, répliqua madame Olivier qui comprit tout. La voiture n’est plus là...

—Vous l’avez vu partir?

—Comme je vous vois. Il a dit à son domestique: A l’ambassade!

Ce ton, cette assurance arrachèrent un soupir de bonheur au baron, il prit la main à madame Olivier et la lui serra.

—Merci, ma chère madame Olivier; mais ce n’est pas tout! Et monsieur Crevel?...