—Qu’est-ce? dit Claude Vignon.

—Un petit groupe en bronze, répondit Steinbock, Dalila coupant les cheveux à Samson.

—C’est difficile, fit observer Claude Vignon, à cause du lit...

—C’est au contraire excessivement facile, répliqua Valérie en souriant.

—Ah! faites-nous de la sculpture!... dit Stidmann.

—Madame est la chose à sculpter! répliqua Claude Vignon en jetant un regard fin à Valérie.

—Eh bien! reprit-elle, voilà comment je comprends la composition. Samson s’est réveillé sans cheveux, comme beaucoup de dandies à faux toupets. Le héros est là sur le bord du lit, vous n’avez donc qu’à en figurer la base, cachée par des linges, par des draperies. Il est là comme Marius sur les ruines de Carthage, les bras croisés, la tête rasée, Napoléon à Sainte-Hélène, quoi! Dalila est à genoux, à peu près comme la Madeleine de Canova. Quand une fille a ruiné son homme, elle l’adore. Selon moi, la Juive a eu peur de Samson, terrible, puissant, mais elle a dû aimer Samson devenu petit garçon. Donc, Dalila déplore sa faute, elle voudrait rendre à son amant ses cheveux, elle n’ose pas le regarder, et elle le regarde en souriant, car elle aperçoit son pardon dans la faiblesse de Samson. Ce groupe, et celui de la farouche Judith, seraient la femme expliquée. La Vertu coupe la tête, le Vice ne vous coupe que les cheveux. Prenez garde à vos toupets, messieurs!

Et elle laissa les deux artistes confondus, qui firent, avec la critique, un concert de louanges en son honneur.

—On n’est pas plus délicieuse! s’écria Stidmann.

—Oh! c’est, dit Claude Vignon, la femme la plus intelligente et la plus désirable que j’aie vue. Réunir l’esprit et la beauté, c’est si rare!