—Moi, dit-elle d’un petit air décidé, j’aurais pris Stidmann, mais sans l’aimer, bien entendu!

—Hortense! s’écria Steinbock en se levant avec brusquerie et par un mouvement théâtral, tu n’en aurais pas eu le temps, je t’aurais tuée.

Hortense se jeta sur son mari, l’embrassa à l’étouffer, le couvrit de caresses, et lui dit:—Ah! tu m’aimes! Wenceslas! va, je ne crains rien! Mais plus de Marneffe. Ne te plonge plus jamais dans de semblables bourbiers...

—Je te jure, ma chère Hortense, que je n’y retournerai que pour retirer mon billet...

Elle bouda, mais comme boudent les femmes aimantes qui veulent les bénéfices d’une bouderie. Wenceslas, fatigué d’une pareille matinée, laissa bouder sa femme et partit pour son atelier y faire la maquette du groupe de Samson et Dalila, dont le dessin était dans sa poche. Hortense, inquiète de sa bouderie et croyant Wenceslas fâché, vint à l’atelier au moment où son mari finissait de fouiller sa glaise avec cette rage qui pousse les artistes en puissance de fantaisie. A l’aspect de sa femme, il jeta vivement un linge mouillé sur le groupe ébauché, et prit Hortense dans ses bras en lui disant:—Ah! nous ne sommes pas fâchés, n’est-ce pas, ma ninette?

Hortense avait vu le groupe, le linge jeté dessus, elle ne dit rien; mais avant de quitter l’atelier, elle se retourna, saisit le chiffon, regarda l’esquisse et demanda:—Qu’est-ce que cela?

—Un groupe dont l’idée m’est venue.

—Et pourquoi me l’as-tu caché?

—Je voulais ne te le montrer que fini.

—La femme est bien jolie! dit Hortense.