Une fois seules, Lisbeth et Valérie se regardèrent pendant un moment comme des augures, et partirent ensemble d’un immense éclat de rire.

—Voyons, Valérie, est-ce vrai? dit Lisbeth, ou n’est-ce qu’une comédie?

—C’est une vérité physique! répondit Valérie. Hortense m’embête! Et, cette nuit, je pensais à lancer cet enfant comme une bombe dans le ménage de Wenceslas.

Valérie rentra dans sa chambre, suivie de Lisbeth, et lui montra tout écrite la lettre suivante:

«Wenceslas, mon ami, je crois encore à ton amour, quoique je ne t’aie pas vu depuis bientôt vingt jours. Est-ce du dédain? Dalila ne le saurait penser. N’est-ce pas plutôt un effet de la tyrannie d’une femme que tu m’as dit ne pouvoir plus aimer? Wenceslas, tu es un trop grand artiste pour te laisser ainsi dominer. Le ménage est le tombeau de la gloire... Vois si tu ressembles au Wenceslas de la rue du Doyenné? Tu as raté le monument de mon père; mais chez toi l’amant est bien supérieur à l’artiste, tu es plus heureux avec la fille: tu es père, mon adoré Wenceslas. Si tu ne venais pas me voir dans l’état où je suis, tu passerais pour bien mauvais homme aux yeux de tes amis; mais, je le sens, je t’aime si follement, que je n’aurai jamais la force de te maudire. Puis-je me dire toujours

»Ta Valérie.»

—Que dis-tu de mon projet d’envoyer cette lettre à l’atelier au moment où notre chère Hortense y sera seule? demanda Valérie à Lisbeth. Hier au soir, j’ai su par Stidmann que Wenceslas doit l’aller prendre à onze heures pour une affaire chez Chanor; ainsi cette gaupe d’Hortense sera seule.

—Après un tour semblable, répondit Lisbeth, je ne pourrai plus rester ostensiblement ton amie, et il faudra que je te donne congé, que je sois censée ne plus te voir, ni même te parler.

—Évidemment, dit Valérie; mais...

—Oh! sois tranquille, répondit Lisbeth. Nous nous reverrons quand je serai madame la maréchale; ils le veulent maintenant tous, le baron seul ignore ce projet; mais tu le décideras.