—Tu seras tout cela, rassure ta femme, renvoie ces messieurs.

—Nenni, répliqua spirituellement Marneffe. Il faut que ces messieurs dressent le procès-verbal de flagrant délit, car, sans cette pièce, la base de ma plainte, que deviendrais-je? La haute administration regorge de filouteries. Vous m’avez volé ma femme et ne m’avez pas fait Chef de bureau. Monsieur le baron, je ne vous donne que deux jours pour vous exécuter. Voici des lettres...

—Des lettres!... cria le baron en interrompant Marneffe.

—Oui, des lettres qui prouvent que l’enfant que ma femme porte en ce moment dans son sein est de vous... Vous comprenez? vous devrez constituer à mon fils une rente égale à la portion que ce bâtard lui prend. Mais je serai modeste, cela ne me regarde point, je ne suis pas ivre de paternité, moi! Cent louis de rente suffiront. Je serai demain matin successeur de monsieur Coquet, et porté sur la liste de ceux qui vont être promus officiers, à propos des fêtes de juillet, ou... le procès-verbal sera déposé avec ma plainte au parquet. Je suis bon prince, n’est-ce pas?

—Mon Dieu! la jolie femme! disait le juge de paix au commissaire de police. Quelle perte pour le monde si elle devenait folle!

—Elle n’est point folle, répondit sentencieusement le commissaire de police.

La Police est toujours le Doute incarné.

—Monsieur le baron Hulot a donné dans un piége, ajouta le commissaire de police assez haut pour être entendu de Valérie.

Valérie lança sur le commissaire une œillade qui l’eût tué, si les regards pouvaient communiquer la rage qu’ils expriment. Le commissaire sourit, il avait tendu son piége aussi, la femme y tombait. Marneffe invita sa femme à rentrer dans la chambre et à s’y vêtir décemment, car il s’était entendu sur tous les points avec le baron, qui prit une robe de chambre et revint dans la première pièce.

—Messieurs, dit-il aux deux fonctionnaires, je n’ai pas besoin de vous demander le secret.