—Un mot, ma louloutte...
—Monsieur!
—A quoi penses-tu, mon amour?
—Ah! monsieur Crevel, je pense au jour de ma première communion! Étais-je belle! Étais-je pure! Étais-je sainte!... immaculée!... ah! si quelqu’un était venu dire à ma mère:—«Votre fille sera une traînée, elle trompera son mari. Un jour, un commissaire de police la trouvera dans une petite maison, elle se vendra à un Crevel pour trahir un Hulot, deux atroces vieillards...» Pouah!... fi! Elle serait morte avant la fin de la phrase, tant elle m’aimait, la pauvre femme!
—Calme-toi!
—Tu ne sais pas combien il faut aimer un homme pour imposer silence à ces remords qui viennent vous pincer le cœur d’une femme adultère. Je suis fâchée que Reine soit partie; elle t’aurait dit que, ce matin, elle m’a trouvée les larmes aux yeux et priant Dieu. Moi, voyez-vous, monsieur Crevel, je ne me moque point de la religion. M’avez-vous jamais entendue dire un mot de mal à ce sujet?...
Crevel fit un geste d’approbation.
—Je défends qu’on en parle devant moi... Je blague sur tout ce qu’on voudra: les rois, la politique, la finance, tout ce qu’il y a de sacré pour le monde, les juges, le mariage, l’amour, les jeunes filles, les vieillards!... Mais l’Église... mais Dieu!... Oh! là, moi, je m’arrête! Je sais bien que je fais mal, que je vous sacrifie mon avenir... Et vous ne vous doutez pas de l’étendue de mon amour!
Crevel joignit les mains.
—Ah! il faudrait pénétrer dans mon cœur, y mesurer l’étendue de mes convictions pour savoir tout ce que je vous sacrifie!... Je sens en moi l’étoffe d’une Madeleine. Aussi voyez de quel respect j’entoure les prêtres! Comptez les présents que je fais à l’église! Ma mère m’a élevée dans la foi catholique, et je comprends Dieu! C’est à nous autres perverties qu’il parle le plus terriblement.