—Retirez-vous, dit le ministre de la voix formidable qui sonnait la charge au fort des batailles, vous recevrez avis de votre changement dans deux heures... allez.

—Je préfère donner ma démission, dit insolemment Marneffe; car c’est trop d’être ce que je suis, et battu; je ne serais pas content, moi!

Et il sortit.

—Quel impudent drôle, dit le prince.

Le maréchal Hulot, qui pendant cette scène était resté debout, immobile, pâle comme un cadavre, examinant son frère à la dérobée, alla prendre la main du prince et lui répéta:—Dans quarante-huit heures le tort matériel sera réparé; mais l’honneur! Adieu, maréchal! c’est le dernier coup qui tue... Oui, j’en mourrai, lui dit-il à l’oreille.

—Pourquoi diantre es-tu venu ce matin? répondit le prince ému.

—Je venais pour sa femme, répliqua le comte en montrant Hector; elle est sans pain! surtout maintenant.

—Il a sa retraite!

—Elle est engagée!

—Il faut avoir le diable au corps! dit le prince en haussant les épaules. Quel philtre vous font donc avaler ces femmes-là pour vous ôter l’esprit? demanda-t-il à Hulot d’Hervy. Comment pouviez-vous, vous qui connaissez la minutieuse exactitude avec laquelle l’administration française écrit tout, verbalise sur tout, consomme des rames de papier pour constater l’entrée et la sortie de quelques centimes, vous qui déploriez qu’il fallût des centaines de signatures pour des riens, pour libérer un soldat, pour acheter des étrilles, comment pouviez-vous donc espérer de cacher un vol pendant long-temps? Et les journaux! et les envieux! et les gens qui voudraient voler! Ces femmes-là vous ôtent donc le bon sens? elles vous mettent donc des coquilles de noix sur les yeux? ou vous êtes donc fait autrement que nous autres? Il fallait quitter l’Administration du moment où vous n’étiez plus un homme, mais un tempérament! Si vous avez joint tant de sottises à votre crime, vous finirez... je ne veux pas vous dire où.....