—Vous avez le droit de vous marier, dit Victorin, et, pour mon compte je vous rends la parole que vous m’avez donnée en m’accordant la main de ma chère Célestine...

—Quelle parole? demanda Crevel.

—Celle de ne pas vous marier, répondit l’avocat. Vous me rendrez la justice d’avouer que je ne vous demandais pas cet engagement, que vous l’avez bien volontairement pris malgré moi, car je vous ai, dans ce temps, fait observer que vous ne deviez pas vous lier ainsi.

—Oui, je m’en souviens, mon cher ami, dit Crevel honteux. Et, ma foi, tenez!... mes chers enfants, si vous vouliez bien vivre avec madame Crevel, vous n’auriez pas à vous repentir... Votre délicatesse, Victorin, me touche... On n’est pas impunément généreux avec moi... Voyons, sapristi! accueillez bien votre belle-mère, venez à mon mariage!...

—Vous ne nous dites pas, mon père, quelle est votre fiancée? dit Célestine.

—Mais c’est le secret de la comédie, reprit Crevel... Ne jouons pas à cache-cache! Lisbeth a dû vous dire...

—Mon cher monsieur Crevel, répliqua la Lorraine, il est des noms qu’on ne prononce pas ici...

—Eh bien! c’est madame Marneffe!

—Monsieur Crevel, répondit sévèrement l’avocat, ni moi ni ma femme nous n’assisterons à ce mariage, non par des motifs d’intérêt, car je vous ai parlé tout à l’heure avec sincérité. Oui, je serais très-heureux de savoir que vous trouverez le bonheur dans cette union; mais je suis mu par des considérations d’honneur et de délicatesse que vous devez comprendre, et que je ne puis exprimer, car elles raviveraient des blessures encore saignantes ici...

La baronne fit un signe à la comtesse, qui, prenant son enfant dans ses bras, lui dit:—Allons, viens prendre ton bain, Wenceslas!—Adieu, monsieur Crevel.