—Pouvez-vous envoyer chercher la jeune fille? dit la baronne, je la verrais ici, je saurais s’il y a de la ressource...

La femme du fumiste fit un signe à sa fille aînée, qui partit aussitôt. Dix minutes après, cette jeune personne revint, tenant par la main une fille de quinze ans et demi, d’une beauté tout italienne.

Mademoiselle Judici tenait du sang paternel cette peau jaunâtre au jour, qui le soir, aux lumières, devient d’une blancheur éclatante, des yeux d’une grandeur, d’une forme, d’un éclat oriental, des cils fournis et recourbés qui ressemblaient à de petites plumes noires, une chevelure d’ébène, et cette majesté native de la Lombardie qui fait croire à l’étranger, quand il se promène le dimanche à Milan, que les filles des portiers sont autant de reines. Atala, prévenue par la fille du fumiste de la visite de cette grande dame dont elle avait entendu parler, avait mis à la hâte une jolie robe de soie, des brodequins et un mantelet élégant. Un bonnet à rubans couleur cerise décuplait l’effet de la tête. Cette petite se tenait dans une pose de curiosité naïve, en examinant du coin de l’œil la baronne, dont le tremblement nerveux l’étonnait beaucoup. La baronne poussa un profond soupir en voyant ce chef-d’œuvre féminin dans la boue de la prostitution, et jura de la ramener à la Vertu.

—Comment te nommes-tu, mon enfant?

—Atala, madame.

—Sais-tu lire, écrire?...

—Non, madame; mais cela ne fait rien, puisque monsieur le sait...

—Tes parents t’ont-ils menée à l’église? As-tu fait ta première communion? Sais-tu ton catéchisme?

—Madame, papa voulait me faire faire des choses qui ressemblent à ce que vous dites, mais maman s’y est opposée...

—Ta mère!... s’écria la baronne. Elle est donc bien méchante, ta mère?...