—Charmante! répondit le vieux musicien en tournant ses pouces.
—Je ne comprends rien au temps où nous vivons, répondit la présidente. A quoi cela sert-il donc d’avoir pour père un président à la Cour royale de Paris, et commandeur de la Légion-d’Honneur, pour grand’père un député millionnaire, un futur pair de France, le plus riche des marchands de soieries en gros?
Le dévouement du président à la dynastie nouvelle lui avait valu récemment le cordon de commandeur, faveur attribuée par quelques jaloux à l’amitié qui l’unissait à Popinot. Ce ministre, malgré sa modestie, s’était, comme on le voit, laissé faire comte.
—A cause de mon fils, dit-il à ses nombreux amis.
—On ne veut que de l’argent aujourd’hui, répondit le cousin Pons, on n’a d’égards que pour les riches, et...
—Que serait-ce donc, s’écria la présidente, si le ciel m’avait laissé mon pauvre petit Charles?...
—Oh! avec deux enfants, vous seriez pauvre! reprit le cousin. C’est l’effet du partage égal des biens; mais, soyez tranquille, ma belle cousine, Cécile finira par bien se marier. Je ne vois nulle part de jeune fille si accomplie.
Voilà jusqu’où Pons avait ravalé son esprit chez ses amphitryons: il y répétait leurs idées, et il les leur commentait platement, à la manière des chœurs antiques. Il n’osait pas se livrer à l’originalité qui distingue les artistes et qui dans sa jeunesse abondait en traits fins chez lui, mais que l’habitude de s’effacer avait alors presque abolie, et qu’on rembarrait, comme tout à l’heure, quand elle reparaissait.
—Mais, je me suis mariée avec vingt mille francs de dot, seulement...
—En 1819, ma cousine? dit Pons en interrompant. Et c’était vous, une femme de tête, une jeune fille protégée par le roi Louis XVIII!