Cette séance dura trois heures. Brunner offrit la main à Cécile pour descendre l’escalier. En descendant les marches avec une sage lenteur, Cécile, qui causait toujours beaux-arts, fut étonnée de l’admiration de son prétendu pour les brimborions de son cousin Pons.
—Vous croyez donc que tout ce que nous venons de voir vaut beaucoup d’argent?
—Eh! mademoiselle, si monsieur votre cousin voulait me vendre sa collection, j’en donnerais ce soir huit cent mille francs, et je ne ferais pas une mauvaise affaire. Les soixante tableaux monteraient seuls à une somme plus forte en vente publique.
—Je le crois, puisque vous me le dites, répondit-elle, et il faut bien que cela soit, car c’est ce dont vous vous êtes le plus occupé.
—Oh! mademoiselle!... s’écria Brunner. Pour toute réponse à ce reproche, je vais demander à madame votre mère la permission de me présenter chez elle pour avoir le bonheur de vous revoir.
—Est-elle spirituelle, ma fillette! pensa la présidente qui marchait sur les talons de sa fille.—Ce sera avec le plus grand plaisir, monsieur, ajouta-t-elle à haute voix. J’espère que vous viendrez avec notre cousin Pons à l’heure du dîner; monsieur le président sera charmé de faire votre connaissance...—Merci, cousin. Elle pressa le bras de Pons d’une façon tellement significative, que la phrase sacramentelle: «C’est entre nous à la vie à la mort!» n’eût pas été si forte. Elle embrassa Pons par l’œillade qui accompagna ce: «Merci, cousin.»
Après avoir mis la jeune personne en voiture, et quand le coupé de remise eut disparu dans la rue Charlot, Brunner parla bric-à-brac à Pons qui parlait mariage.
—Ainsi, vous ne voyez pas d’obstacle?... dit Pons.
—Ah! répliqua Brunner; la petite est insignifiante, la mère est un peu pincée... nous verrons.
—Une belle fortune à venir, fit observer Pons. Plus d’un million...