La Cibot ferma la porte de la chambre à coucher, ce qui réveilla la défiance de Pons. Elle trouva Magus immobile devant les quatre tableaux. Cette immobilité, cette admiration ne peuvent être comprises que par ceux dont l’âme est ouverte au beau idéal, au sentiment ineffable que cause la perfection dans l’art, et qui restent plantés sur leurs pieds durant des heures entières au Musée devant la Joconde de Leonardo da Vinci, devant l’Antiope du Corrége, le chef-d’œuvre de ce peintre, devant la maîtresse du Titien, la Sainte-Famille d’Andrea del Sarto, devant les enfants entourés de fleurs du Dominiquin, le petit camaïeu de Raphaël et son portrait de vieillard, les plus immenses chefs-d’œuvre de l’art.
—Sauvez-vous sans bruit! dit-elle.
Le Juif s’en alla lentement et à reculons, regardant les tableaux comme un amant regarde une maîtresse à laquelle il dit adieu. Quand le Juif fut sur le palier, la Cibot, à qui cette contemplation avait donné des idées, frappa sur le bras sec de Magus.
—Vous me donnerez quatre mille francs par tableau! sinon rien de fait...
—Je suis si pauvre!... dit Magus. Si je désire ces toiles, c’est par amour, uniquement par amour de l’art, ma belle dame!
—Tu es si sec, mon fiston! dit la portière, que je conçois cet amour-là. Mais si tu ne me promets pas aujourd’hui seize mille francs devant Rémonencq, demain, ce sera vingt mille.
—Je promets les seize, répondit le Juif effrayé de l’avidité de cette portière.
—Par quoi ça peut-il jurer, un Juif?... dit la Cibot à Rémonencq.
—Vous pouvez vous fier à lui, répondit le ferrailleur, il est aussi honnête homme que moi.
—Eh bien! et vous? demanda la portière, si je vous en fais vendre, que me donnerez-vous?...