—Ah! quel médecin que monsieur Poulain! dit la Cibot à Pons. Il vous sauvera, mon cher monsieur, car il m’a tirée du cercueil! Mon pauvre Cibot me regardait comme morte!... Eh bien! monsieur Poulain a dû vous le dire, pendant que j’étais sur mon lit, je ne pensais qu’à vous. «Mon Dieu, que je disais, prenez-moi, et laissez vivre mon cher monsieur Pons...»

—Pauvre chère madame Cibot, vous avez manqué d’avoir une infirmité pour moi!...

—Ah! sans monsieur Poulain, je serais dans la chemise de sapin qui nous attend tous. Eh bien! n’au bout du fossé la culbute, comme disait cet ancien acteur! Faut de la philosophie. Comment avez-vous fait sans moi?...

—Schmucke m’a gardé, répondit le malade; mais notre pauvre caisse et notre clientèle en ont souffert... Je ne sais pas comment il a fait.

Ti galme! Bons! s’écria Schmucke, nus afons i tans le bère Zibod, ein panquier...

—Ne parlez pas de cela! mon cher mouton, vous êtes tous deux nos enfants, reprit la Cibot. Nos économies sont bien placées chez vous, allez! vous êtes plus solides que la Banque. Tant que nous aurons un morceau de pain, vous en aurez la moitié... ça ne vaut pas la peine d’en parler...

Baufre montam Zibod! dit Schmucke en s’en allant.

Pons gardait le silence.

—Croireriez-vous, mon chérubin, dit la Cibot au malade en le voyant inquiet, que, dans mon agonie, car j’ai vu la camarde de bien près!... ce qui me tourmentait le plus, c’était de vous laisser seuls, livrés à vous-mêmes, et de laisser mon pauvre Cibot sans un liard... C’est si peu de chose que mes économies, que je ne vous en parle que rapport à ma mort et à Cibot, qu’est un ange! Non, cet être-là m’a soignée comme une reine, en me pleurant comme un veau!... Mais je comptais sur vous, foi d’honnête femme. Je me disais: Va, Cibot, mes monsieurs ne te laisseront jamais sans pain...

Pons ne répondit rien à cette attaque ad testamentum, et la portière garda le silence en attendant un mot.