—C’est un homme, ma chère dame, dit la portière, de qui l’on arrache bien difficilement l’argent de ses ports de lettres à la fin du mois.
Cette réponse suffit à l’intelligente Cibot.
—On peut être pauvre et honnête, répondit-elle.
—Je l’espère bien, reprit la portière de Fraisier; nous ne roulons pas sur l’or ni sur l’argent, pas même sur les sous, mais nous n’avons pas un liard à qui que ce soit.
La Cibot se reconnut dans ce langage.
—Enfin, ma petite, reprit-elle, on peut se fier à lui, n’est-ce pas?
—Ah! dame! quand monsieur Fraisier veut du bien à quelqu’un, j’ai entendu dire à madame Florimond qu’il n’a pas son pareil...
—Et pourquoi ne l’a-t-elle pas épousé, demanda vivement la Cibot, puisqu’elle lui devait sa fortune? C’est quelque chose pour une petite mercière, et qui était entretenue par un vieux, que de devenir la femme d’un avocat...
—Pourquoi? dit la portière en entraînant madame Cibot dans l’allée; vous montez chez lui, n’est-ce pas, madame?... eh bien! quand vous serez dans son cabinet, vous saurez pourquoi.
L’escalier, éclairé sur une petite cour par des fenêtres à coulisse, annonçait qu’excepté le propriétaire et le sieur Fraisier, les autres locataires exerçaient des professions mécaniques. Les marches boueuses portaient l’enseigne de chaque métier en offrant aux regards des découpures de cuivre, des boutons cassés, des brimborions de gaze, de sparterie. Les apprentis des étages supérieurs y dessinaient des caricatures obscènes. Le dernier mot de la portière, en excitant la curiosité de madame Cibot, la décida naturellement à consulter l’ami du docteur Poulain; mais en se réservant de l’employer à ses affaires d’après ses impressions.