—Ma chère cliente, en dix minutes on obtiendra du bonhomme Pillerault votre renvoi de la loge, et l’on vous donnera deux heures pour déménager...

—Quéque ça me ferait!... dit la Cibot en se dressant sur ses pieds en Bellone, je resterais chez ces messieurs comme leur femme de confiance.

—Et, voyant cela, l’on vous tendrait un piége, et vous vous réveilleriez un beau matin dans un cachot, vous et votre mari, sous une accusation capitale...

—Moi!... s’écria la Cibot, moi qui n’ai pas n’une centime à autrui!... Moi!... moi!...

Elle parla pendant cinq minutes, et Fraisier examina cette grande artiste exécutant son concerto de louanges sur elle-même. Il était froid, railleur, son œil perçait la Cibot comme d’un stylet, il riait en dedans, sa perruque sèche se remuait. C’était Robespierre au temps où ce Sylla français faisait des quatrains.

—Et comment! et pourquoi! et sous quel prétexte! demanda-t-elle en terminant.

—Voulez-vous savoir comment vous pourriez être guillotinée?...

La Cibot tomba pâle comme une morte, car cette phrase lui tomba sur le cou comme le couteau de la loi. Elle regarda Fraisier d’un air égaré.

—Écoutez-moi bien, ma chère enfant, reprit Fraisier en réprimant un mouvement de satisfaction que lui causa l’effroi de sa cliente.

—J’aimerais mieux tout laisser là... dit en murmurant la Cibot.