—C’est vous qui m’inquiétez, lui répondit la Cibot. Vous me compromettez, ajouta-t-elle, les voisins finiront par apercevoir vos yeux en manches de veste.
Elle quitta la porte et s’enfonça dans les profondeurs de la boutique de l’Auvergnat.
—En voilà une idée! dit Rémonencq.
—Venez que je vous parle, dit la Cibot. Les héritiers de monsieur Pons vont se remuer, et ils sont capables de nous faire bien de la peine. Dieu sait ce qui nous arriverait s’ils envoyaient des gens d’affaires qui fourreraient leur nez partout, comme des chiens de chasse. Je ne peux décider monsieur Schmucke à vendre quelques tableaux, que si vous m’aimez assez pour en garder le secret... oh! mais un secret! que la tête sur le billot vous ne diriez rien... ni d’où viennent les tableaux, ni qui les a vendus. Vous comprenez, monsieur Pons, une fois mort et enterré, qu’on trouve cinquante-trois tableaux au lieu de soixante-sept, personne n’en saura le compte! D’ailleurs, si monsieur Pons en a vendu de son vivant, on n’a rien à dire.
—Oui, reprit Rémonencq, pour moi ça m’est égal, mais monsieur Élie Magus voudra des quittances bien en règle.
—Vous aurez aussi votre quittance, pardine! Croyez-vous que ce sera moi qui vous écrirai cela!... Ce sera monsieur Schmucke! mais vous direz à votre Juif, reprit la portière, qu’il soit aussi discret que vous.
—Nous serons muets comme des poissons. C’est dans notre état. Moi je sais lire, mais je ne sais pas écrire, voilà pourquoi j’ai besoin d’une femme instruite et capable comme vous!... Moi qui n’ai jamais pensé qu’à gagner du pain pour mes vieux jours, je voudrais des petits Rémonencq... Laissez-moi là votre Cibot.
—Mais voilà votre Juif, dit la portière, nous pouvons arranger les affaires.
—Eh bien! ma chère dame, dit Élie Magus qui venait tous les trois jours de très-grand matin savoir quand il pourrait acheter ses tableaux. Où en sommes-nous?
—N’avez-vous personne qui vous ait parlé de monsieur Pons et de ses biblots? lui demanda la Cibot.