Amélie, éblouie par la somme et voulant cacher son étonnement, son bonheur, imitait les lecteurs impatients qui courent au dénoûment du roman.
—Oui, madame, d’une succession perdue pour vous, oh! bien entièrement perdue, mais que je puis, que je saurai vous faire avoir...
—Parlez, monsieur! dit froidement madame de Marville qui toisa Fraisier et l’examina d’un œil sagace.
—Madame, je connais vos éminentes capacités, je suis de Mantes. Monsieur Lebœuf, le président du tribunal, l’ami de monsieur de Marville, pourra lui donner des renseignements sur moi...
La présidente fit un haut-le-corps si cruellement significatif, que Fraisier fut forcé d’ouvrir et de fermer rapidement une parenthèse dans son discours.
—Une femme aussi distinguée que vous va comprendre sur-le-champ pourquoi je lui parle d’abord de moi. C’est le chemin le plus court pour arriver à la succession.
La présidente répondit sans parler, à cette fine observation, par un geste.
—Madame, reprit Fraisier autorisé par le geste à raconter son histoire, j’étais avoué à Mantes, ma charge devait être toute ma fortune, car j’ai traité de l’étude de monsieur Levroux que vous avez sans doute connu...
La présidente inclina la tête.
—Avec des fonds qui m’étaient prêtés, et une dizaine de mille francs à moi, je sortais de chez Desroches, l’un des plus capables avoués de Paris, et j’y étais premier clerc depuis six ans. J’ai eu le malheur de déplaire au procureur du roi de Mantes, monsieur...