—De sa femme!... S’il était resté avec moi, il vivrait encore! Adieu, mon bon vieux! je te parle de crevaison, parce que je te vois dans quinze jours d’ici te promenant sur le boulevard et flairant de jolies petites curiosités, car tu n’es pas malade, tu as les yeux plus vifs que je ne te les ai jamais vus...

Et la danseuse s’en alla, sûre que son protégé Garangeot tenait pour toujours le bâton de chef d’orchestre. Garangeot était son cousin germain. Toutes les portes étaient entre-bâillées, et tous les ménages sur pied regardèrent passer le premier sujet. Ce fut un événement dans la maison.

Fraisier, semblable à ces bouledogues qui ne lâchent pas le morceau où ils ont mis la dent, stationnait dans la loge auprès de la Cibot, quand la danseuse passa sous la porte cochère et demanda le cordon. Il savait que le testament était fait, il venait sonder les dispositions de la portière; car maître Trognon, notaire, avait refusé de dire un mot sur le testament tout aussi bien à Fraisier qu’à madame Cibot. Naturellement l’homme de loi regarda la danseuse et se promit de tirer parti de cette visite in extremis.

—Ma chère madame Cibot, dit Fraisier, voici pour vous le moment critique.

—Ah! oui!... dit-elle, mon pauvre Cibot!... quand je pense qu’il ne jouira pas de ce que je pourrais avoir...

—Il s’agit de savoir si monsieur Pons vous a légué quelque chose; enfin si vous êtes sur le testament ou si vous êtes oubliée, dit Fraisier en continuant. Je représente les héritiers naturels, et vous n’aurez rien que d’eux dans tous les cas... Le testament est olographe, il est, par conséquent, très-vulnérable... Savez-vous où notre homme l’a mis?...

—Dans une cachette du secrétaire, et il en a pris la clef, répondit-elle, il l’a nouée au coin de son mouchoir, et il a serré le mouchoir sous son oreiller... J’ai tout vu.

—Le testament est-il cacheté?

—Hélas! oui!

—C’est un crime que de soustraire un testament et de le supprimer, mais ce n’est qu’un délit de le regarder; et, dans tous les cas, qu’est-ce que c’est? des peccadilles qui n’ont pas de témoins! A-t-il le sommeil dur, notre homme?...