—Allons, allons, mon cher monsieur! dit la Sauvage en saisissant un moment où Schmucke avait la tête inclinée sur le dos du fauteuil.
Elle entonna dans la bouche de Schmucke une cuillerée de potage, et lui donna, presque malgré lui, à manger comme à un enfant.
—Maintenant, si vous étiez sage, monsieur, puisque vous voulez vous livrer tranquillement à votre douleur, vous prendriez quelqu’un pour vous représenter...
—Puisque monsieur, dit le courtier, a l’intention d’élever un magnifique monument à la mémoire de son ami, il n’a qu’à me charger de toutes les démarches, je les ferai...
—Qu’est-ce que c’est? qu’est-ce que c’est? dit la Sauvage. Monsieur vous a commandé quelque chose! Qui donc êtes-vous?
—L’un des courtiers de la maison Sonet, ma chère dame, les plus forts entrepreneurs de monuments funéraires... dit-il en tirant une carte et la présentant à la puissante Sauvage.
—Eh bien! c’est bon, c’est bon!... on ira chez vous quand on le jugera convenable; mais il ne faut pas abuser de l’état dans lequel se trouve monsieur. Vous voyez bien que monsieur n’a pas sa tête...
—Si vous voulez vous arranger pour nous faire avoir la commande, dit le courtier de la maison Sonet à l’oreille de madame Sauvage en l’amenant sur le palier, j’ai pouvoir de vous offrir quarante francs...
—Eh bien! donnez-moi votre adresse, dit madame Sauvage en s’humanisant.
Schmucke, en se voyant seul et se trouvant mieux par cette ingestion d’un potage au pain, retourna promptement dans la chambre de Pons, où il se mit en prières. Il était perdu dans les abîmes de la douleur, lorsqu’il fut tiré de son profond anéantissement par un jeune homme vêtu de noir qui lui dit pour la onzième fois un:—Monsieur?... que le pauvre martyr entendit d’autant mieux, qu’il se sentit secoué par la manche de son habit.