Par un hasard qui n’a rien d’extraordinaire à Paris, il se trouvait deux catafalques sous la porte cochère, et conséquemment deux convois, celui de Cibot, le défunt concierge, et celui de Pons. Personne ne venait rendre aucun témoignage d’affection au brillant catafalque de l’ami des arts, et tous les portiers du voisinage affluaient et aspergeaient la dépouille mortelle du portier d’un coup de goupillon. Ce contraste de la foule accourue au convoi de Cibot, et de la solitude dans laquelle restait Pons, eut lieu non-seulement à la porte de la maison, mais encore dans la rue où le cercueil de Pons ne fut suivi que par Schmucke, que soutenait un croque-mort, car l’héritier défaillait à chaque pas. De la rue de Normandie à la rue d’Orléans, où l’église Saint-François est située, les deux convois allèrent entre deux haies de curieux, car, ainsi qu’on l’a dit, tout fait événement dans ce quartier. On remarquait donc la splendeur du char blanc, d’où pendait un écusson sur lequel était brodé un grand P, et qui n’avait qu’un seul homme à sa suite; tandis que le simple char, celui de la dernière classe, était accompagné d’une foule immense. Heureusement Schmucke, hébété par le monde aux fenêtres, et par la haie que formaient les badauds, n’entendait rien et ne voyait ce concours de personnes qu’à travers le voile de ses larmes.

—Ah! c’est le Casse-noisette, disait l’un... le musicien, vous savez!

—Quelles sont donc les personnes qui tiennent les cordons?...

—Bah! des comédiens!

—Tiens, voilà le convoi de ce pauvre père Cibot! En voilà un travailleur de moins! quel dévorant!

—Il ne sortait jamais cet homme-là!

—Jamais il n’a fait le lundi.

—Aimait-il sa femme!

—En voilà une malheureuse!

Rémonencq était derrière le char de sa victime, et recevait des compliments de condoléance sur la perte de son voisin.