—A qui?
—A messieurs Élie Magus et Rémonencq...
—Combien?...
—Mais, je ne m’en souviens pas!...
—Écoutez, ma chère madame Cibot, vous avez fait votre pelote, elle est dodue!... reprit Fraisier. J’aurai l’œil sur vous, je vous tiens... Servez-moi, je me tairai! Dans tous les cas, vous comprenez que vous ne devez compter sur rien de la part de monsieur le président Camusot, du moment où vous avez jugé convenable de le dépouiller.
—Je savais bien, mon cher monsieur Fraisier, que cela tournerait en os de boudin pour moi... répondit la Cibot adoucie par les mots: «Je me tairai!»
—Voilà, dit Rémonencq en survenant, que vous cherchez querelle à madame; ça n’est pas bien! La vente des tableaux a été faite de gré à gré avec monsieur Pons entre monsieur Magus et moi, que nous sommes restés trois jours avant de nous accorder avec le défunt qui rêvait sur ses tableaux! Nous avons des quittances en règle, et si nous avons donné, comme cela se fait, quelques pièces de quarante francs à madame, elle n’a eu que ce que nous donnons dans toutes les maisons bourgeoises où nous concluons un marché. Ah! mon cher monsieur, si vous croyez tromper une femme sans défense, vous n’en serez pas le bon marchand!... Entendez-vous, monsieur le faiseur d’affaires? Monsieur Magus est le maître de la place, et si vous ne filez pas doux avec madame, si vous ne lui donnez pas ce que vous lui avez promis, je vous attends à la vente de la collection, vous verrez ce que vous perdrez si vous avez contre vous monsieur Magus et moi, qui saurons ameuter les marchands... Au lieu de sept à huit cent mille francs, vous ne ferez seulement pas deux cent mille francs!
—C’est bon! c’est bon, nous verrons! Nous ne vendrons pas, dit Fraisier, ou nous vendrons à Londres.
—Nous connaissons Londres! dit Rémonencq, et monsieur Magus y est aussi puissant qu’à Paris.
—Adieu, madame, je vais éplucher vos affaires, dit Fraisier; à moins que vous ne m’obéissiez toujours, ajouta-t-il.