—Et comment?
—Je vais vous assigner en référé, reprit Villemot, pour voir dire que nous sommes locataires par moitié de cet appartement, et vous ne nous en chasserez pas... Otez les tableaux, distinguez ce qui est au défunt, ce qui est à mon client, mais mon client y restera... mon petit!...
—Che m’en irai! dit le vieux musicien qui retrouva de l’énergie en écoutant cet affreux débat.
—Vous ferez mieux! dit Fraisier. Ce parti vous épargnera des frais, car vous ne gagneriez pas l’incident. Le bail est formel...
—Le bail! le bail! dit Villemot, c’est une question de bonne foi!...
—Elle ne se prouvera pas, comme dans les affaires criminelles, par des témoins... Allez-vous vous jeter dans des expertises, des vérifications... des jugements interlocutoires et une procédure?
—Non! non! s’écria Schmucke effrayé, ché téménache, ché m’en fais.
La vie de Schmucke était celle d’un philosophe, cynique sans le savoir, tant elle était réduite au simple. Il ne possédait que deux paires de souliers, une paire de bottes, deux habillements complets, douze chemises, douze foulards, douze mouchoirs, quatre gilets et une pipe superbe que Pons lui avait donnée avec une poche à tabac brodée. Il entra dans la chambre, surexcité par la fièvre de l’indignation, il y prit toutes ses hardes, et les mit sur une chaise.
—Doud ceci est à moi!... dit-il avec une simplicité digne de Cincinnatus; le biano esd aussi à moi.
—Madame... dit Fraisier à la Sauvage, faites-vous aider, emportez-le et mettez-le sur le carré, ce piano!