—Ah! vous faisiez donc la cour à ma cousine? dit Lisbeth en souriant, je m’en doutais.

—Et elle m’a traité comme un chien, pis que cela, comme un laquais; je dirai mieux: comme un détenu politique. Mais je réussirai, dit-il en fermant le poing et en s’en frappant le front.

—Pauvre homme, ce serait affreux de trouver sa femme en fraude, après avoir été renvoyé par sa maîtresse!...

—Josépha! s’écria Crevel, Josépha l’aurait quitté, renvoyé, chassé! Bravo! Josépha. Josépha! tu m’as vengé! je t’enverrai deux perles pour mettre à tes oreilles, mon ex-biche!... Je ne sais rien de cela, car, après vous avoir vue le lendemain du jour où la belle Adeline m’a prié encore une fois de passer la porte, je suis allé chez les Lebas, à Corbeil, d’où je reviens. Héloïse a fait le diable pour m’envoyer à la campagne, et j’ai su la raison de ses menées: elle voulait pendre, et sans moi, la crémaillère rue Chauchat, avec des artistes, des cabotins, des gens de lettres... J’ai été joué! Je pardonnerai, car Héloïse m’amuse. C’est une Déjazet inédite. Comme elle est drôle, cette fille-là! voici le billet que j’ai trouvé hier au soir:

«Mon bon vieux, j’ai dressé ma tente rue Chauchat. J’ai pris la précaution de faire essuyer les plâtres par des amis. Tout va bien. Venez quand vous voudrez, monsieur. Agar attend son Abraham.»

Héloïse me dira des nouvelles, car elle sait sa Bohême sur le bout du doigt.

—Mais mon cousin a très-bien pris ce désagrément, répondit la cousine.

—Pas possible, dit Crevel en s’arrêtant dans sa marche semblable à celle d’un balancier de pendule.

—Monsieur Hulot est d’un certain âge, fit malicieusement observer Lisbeth.

—Je le connais, reprit Crevel; mais nous nous ressemblons sous un certain rapport: Hulot ne pourra pas se passer d’un attachement. Il est capable de revenir à sa femme, se dit-il. Ce serait de la nouveauté pour lui, mais adieu ma vengeance. Vous souriez, mademoiselle Fischer?... ah! vous savez quelque chose?...