—Mais voilà des hortensias, dit-elle d’une voix creuse. Comment se fait-il que vous n’ayez jamais manié la cire pour moi? Était-ce donc si difficile d’inventer une bague, un coffret, n’importe quoi, un souvenir! dit-elle en lançant un affreux regard sur l’artiste dont heureusement les yeux étaient baissés. Et vous dites que vous m’aimez!
—En doutez-vous... mademoiselle?
—Oh! que voilà un mademoiselle bien chaud!... Tenez, vous avez été mon unique pensée depuis que je vous ai vu mourant, là... Quand je vous ai sauvé vous vous êtes donné à moi, je ne vous ai jamais parlé de cet engagement, mais je me suis engagée envers moi-même, moi! Je me suis dit: «Puisque ce garçon se donne à moi, je veux le rendre heureux et riche!» Eh bien! j’ai réussi à faire votre fortune!
—Et comment? demanda le pauvre artiste au comble du bonheur et trop naïf pour soupçonner un piége.
—Voici comment, reprit la Lorraine.
Lisbeth ne put se refuser le plaisir sauvage de regarder Wenceslas qui la contemplait avec un amour filial où débordait son amour pour Hortense, ce qui trompa la vieille fille. En apercevant pour la première fois de sa vie les torches de la passion dans les yeux d’un homme, elle crut les y avoir allumées.
—Monsieur Crevel nous commandite de cent mille francs pour fonder une maison de commerce, si, dit-il, vous voulez m’épouser; il a de singulières idées, ce gros bonhomme-là... Qu’en pensez-vous? demanda-t-elle.
L’artiste, devenu pâle comme un mort, regarda sa bienfaitrice d’un œil sans lueur et qui laissait passer toute sa pensée. Il resta béant et hébété.
—On ne m’a jamais si bien dit, reprit-elle avec un rire amer, que j’étais affreusement laide!
—Mademoiselle, répondit Steinbock, ma bienfaitrice ne sera jamais laide pour moi; j’ai pour vous une bien vive affection, mais je n’ai pas trente ans, et...