—Mon bon et divin Hector! je te bénirai jusqu’à mon dernier soupir, répondit-elle, car tu as bien marié notre chère Hortense.
Ce fut ainsi que commença l’amoindrissement de la maison de la belle madame Hulot, et, disons-le, son abandon solennellement promis à madame Marneffe.
Le gros petit père Crevel, invité naturellement à la signature du contrat de mariage, s’y comporta comme si la scène par laquelle ce récit commence n’avait pas eu lieu, comme s’il n’avait aucun grief contre le baron Hulot. Célestin Crevel fut aimable, il fut toujours un peu trop ancien parfumeur; mais il commençait à s’élever au majestueux à force d’être chef de bataillon. Il parla de danser à la noce.
—Belle dame, dit-il gracieusement à la baronne Hulot, des gens comme nous savent tout oublier; ne me bannissez pas de votre intérieur, et daignez embellir quelquefois ma maison en y venant avec vos enfants. Soyez calme, je ne vous dirai jamais rien de ce qui gît au fond de mon cœur. Je m’y suis pris comme un imbécile, car je perdais trop à ne plus vous voir...
—Monsieur, une honnête femme n’a pas d’oreilles pour les discours auxquels vous faites allusion; et si vous tenez votre parole, vous ne devez pas douter du plaisir que j’aurai à voir cesser une division toujours affligeante dans les familles...
—Hé bien! gros boudeur, dit le baron Hulot en emmenant de force Crevel dans le jardin, tu m’évites partout, même dans ma maison. Est-ce que deux vieux amateurs du beau sexe doivent se brouiller pour un jupon? Allons, vraiment, c’est épicier.
—Monsieur, je ne suis pas aussi bel homme que vous, et mon peu de moyens de séduction m’empêche de réparer mes pertes aussi facilement que vous le faites...
—De l’ironie! répondit le baron.
—Elle est permise contre les vainqueurs quand on est vaincu.
Commencée sur ce ton, la conversation se termina par une réconciliation complète; mais Crevel tint à bien constater son droit de prendre une revanche.