Les puritains en amour assurent qu'on ne doit rien promettre ni jurer à sa maîtresse qu'on ne soit assuré de le tenir. Les tolérans répondent que «promettre et tenir sont deux,» et que l'on doit toujours promettre, quitte à tenir si l'on peut.
ART. 2.
Ainsi, entre gens de cœur, les protestations, les sermens, à jamais, pour la vie, doivent aller, venir, s'échanger comme les boulets sur un champ de bataille.
ART. 3.
Il est un genre de promesses en amour qui permet un peu de vanterie. Il est bien peu de femmes avec qui il obtienne beaucoup de succès; mais enfin, près des curieuses, des incrédules, des gourmandes, il est de bonne guerre d'en faire usage, dussent-elles plus tard comprendre que l'hyperbole est une innocente figure de rhétorique.
ART. 4.
Auprès d'une coquette, l'homme le plus dangereux est celui qui est parvenu à ce point de probité et d'aplomb de n'oser pas promettre de fidélité, et d'en exiger.
ART. 5.
Autrefois on jurait de mettre fin à ses jours, on jurait de fuir, de se venger, et tous ces beaux sermens ont fléchi plus d'une cruelle. Cette tactique a vieilli: on jure tout simplement aujourd'hui de se consoler, d'offrir ses vœux à une ennemie de la dédaigneuse, et quelquefois on obtient par la pique le prix refusé à l'amour.