1837.
[PROLÉGOMÈNES].
Jeune ou vieux, bien ou mal, sot ou sage, une fois au moins l'homme doit aimer; et du hasard d'un premier amour dépend trop souvent la somme de bonheur de la vie entière.
Ce serait un livre précieux que celui où seraient enseignées toutes les délicates théories de l'amour, où l'art de plaire se trouverait réduit en principes: la jeunesse, l'inexpérience, y puiseraient de précieuses leçons; malheureusement un tel ouvrage est impossible.
Un livre ne saurait donner qu'une idée bien pauvre de l'amour, de cet amour qui occupe toute l'ame, la remplit d'images tour-à-tour heureuses ou désespérantes, mais toujours sublimes, l'isole et la concentre dans une série d'idées où se rattache le malheur ou la félicité. Comment pouvoir rendre sensibles la simplicité de geste et de caractère, le regard, peignant si juste et avec tant de candeur la nuance de chaque sensation? Comment surtout exprimer cette aimable non-curance pour tout ce qui n'est pas la personne aimée? Aussi, que de romans, que d'histoires amoureuses, et combien peu d'observations simples et vraies sur l'amour!
Au reste, par le temps qui court, l'amour n'est pas une des affaires graves de la vie, et contre un fou qui se brûle la cervelle à Montmorency, on compte vingt étourdis qui se ruinent dans les coulisses de l'Opéra; notre temps est plutôt celui de la galanterie que celui de l'amour, et l'on ne saurait, au vrai, trop dire s'il faut l'en féliciter ou l'en plaindre.
Le Code Galant que nous publions aujourd'hui est donc en quelque sorte un livre de circonstance, et à ce titre du moins nous espérons pour lui, de la part du lecteur, un bienveillant accueil: quant à son contenu, nous avouons en toute humilité n'en être en quelque sorte que le compilateur; un petit ouvrage de ce genre s'écrit beaucoup plus avec la mémoire qu'avec l'esprit, et nous nous sommes avant tout appliqué à y rassembler surtout ce qui se rattache à l'art de conter fleurette, les idées vives, les aperçus ingénieux, les observations délicates, épars dans une foule de bons ouvrages, et qui, ainsi réunis, forment en quelque sorte un corps complet de doctrine, d'où l'on peut, à son gré, déduire de faciles et précieux enseignemens.
Dans quelques parties de ce Code nous avons eu à aborder de délicates matières: nous nous sommes appliqué à les traiter avec beaucoup de ménagemens, nous avons même parfois mieux aimé passer à côté de la difficulté que de heurter de front les idées enracinées de l'usage reçu; aussi espérons-nous que la pruderie nous saura gré de notre retenue. Quant aux lecteurs dont les idées sympathisent avec les nôtres, nous sommes assuré d'avance d'être compris par eux.
Peut-être nous reprochera-t-on, comme on a déjà fait pour quelques bagatelles publiées antécédemment[1], la futilité de ce petit livre: mais est-ce donc une obligation invariable d'employer un style mâle, et n'est-il permis d'écrire que sur des sujets collets-montés? Il y a cent façons de réformer et d'instruire, et les heures n'appartiennent pas toutes aux pensers graves. On parle, à tout propos, du positif de la génération nouvelle et de la tendance sérieuse des esprits de la jeune France. Grace au ciel, maintes gens, nos amis, qui ne sont pas tombés encore à l'état caduc, aiment toujours la liberté, le plaisir, peut-être un peu même la licence; mais leur gaîté, bien qu'elle ne se pince pas les lèvres, est tout autant dans les mœurs constitutionnelles que le sérieux de nos philosophes frais émoulus du collége.