«Si vous voulez déployer l'amour et le considérer un peu de près, à découvert, à peine trouverez-vous une autre affection qui ait les douleurs plus aiguës, ni les joies plus véhémentes, ni de plus grandes extases et ravissemens d'esprit.»

C'est l'antique Plutarque qui s'exprime ainsi dans les symposiaques, et, d'honneur, il n'est pas un écolier de rhétorique qui, en traduisant ce passage, ne brûle de reconnaître l'exactitude de la définition du philosophe.

Les hommes s'attachent moins à la réalité de l'objet qu'à l'image arbitraire que la prévention y substitue. Aussi, l'objet des passions n'est pas ce qui les dégrade ou ce qui les ennoblit, mais la manière dont on envisage cet objet.

«J'appelle plaisir toute perception que l'ame aime mieux éprouver que de ne pas éprouver.

»J'appelle peine toute perception que l'ame aime mieux ne pas éprouver qu'éprouver.[14]»

[14] Maupertuis.

Désiré-je m'endormir plutôt que de sentir ce que j'éprouve, nul doute, c'est une peine: donc les désirs de l'amour ne sont pas des peines, car l'amant quitte pour rêver à son aise les sociétés les plus attrayantes.