Plus un homme est éperdument amoureux, plus grande est la violence qu'il est obligé de se faire pour oser risquer de fâcher la femme qu'il aime en lui prenant la main.

Il faut aussi parfois citer les génies positifs: osons donc invoquer en faveur de la galanterie les paroles du grave Leibnitz. Ouvrez, Lecteur, le chapitre vingt du titre deux, sur les Progrès de l'Entendement humain: «Aimer, c'est être porté à prendre du plaisir dans la perfection.» Nous n'aimons point proprement ce qui est incapable de plaisir ou de bonheur. L'amour de bienveillance nous fait avoir en vue le plaisir d'autrui, mais comme faisant ou plutôt constituant le nôtre; car s'il ne rejaillissait pas sur nous en quelque façon, nous ne pourrions pas nous y intéresser, puisqu'il est impossible, quoiqu'on dise, d'être détaché du bien propre.

Madame de Genlis, qui a raffolé vingt ans du théâtral Louis XIV, dit dans Mademoiselle de Clermont: «Par la suite, l'expérience lui apprit que pour les femmes le véritable amour n'est qu'une amitié exaltée, et que celui-là seul est durable: c'est pourquoi l'on peut citer tant de femmes qui ont eu de grandes passions pour des hommes avancés en âge.»

La pruderie est une espèce d'avarice, la pire de toutes.

L'influence de l'éducation et des mœurs de l'enfance se fait toujours sentir, même à travers le génie. Ainsi Rousseau tombe amoureux de toutes les dames qu'il rencontre, et pleure de ravissement parce que le duc de L***, un des plus plats courtisans de l'époque, daigne se promener à droite plutôt qu'à gauche pour accompagner un M. Coindet, ami de Rousseau.