Les Françaises doivent à Mme Jeanne Deroin, à MM. Schoelcher et Crémieux, d’avoir conservé le droit de pétitionner.

Quand en avril 1851 un député, M. Chapot, fit à l’assemblée législative la proposition de supprimer pour les femmes le droit de pétition en matière politique, Jeanne Deroin alors détenue politique, protesta du fond de sa prison, pria les citoyens représentants de ne point enlever aux femmes le droit de pétitionner.

La question vint en discussion le 24 juin 1851[13]. Le rapporteur M. Quantin-Bauchard, commença par trouver plaisant qu’une seule femme réclamât contre l’interdiction du droit de pétitionner:—«Il s’agissait pour elles, dit-il, de prouver qu’elles sont capables de se servir du droit de pétition, en pétitionnant contre leur exclusion de ce droit.

—A droite:—C’est cela! C’est cela!

M. Quantin-Bauchard—Eh bien, il y a une femme, une seule, qui a réclamé (explosion de rires), et c’est notre honorable collègue Laurent de l’Ardèche, qui s’est fait l’avocat des dames pétitionnaires en matière politique.

—Vous sentez que c’est là une question de décence publique, de dignité parlementaire. Comment! il arrivera une pétition signée dans un sens par le mari, signée dans un autre par la femme! Quels seraient donc l’autorité et le sexe qui domineraient ici?»

Tout le monde cependant n’était pas convaincu, puisque le 2 juillet M. Schoelcher proposa un amendement pour maintenir aux femmes le droit de pétitionner. Cet amendement chaleureusement défendu par M. Crémieux, fut adopté à l’unanimité au milieu de l’hilarité générale.—Ces députés riaient d’avoir été empêchés de jouer un bon tour aux femmes spoliées, en leur interdisant de réclamer.

Pétition pour demander le droit de vote ou l’exonération de l’impôt.

«Messieurs les députés,

«Nous nous sommes adressées à toutes les juridictions: Le maire, le préfet, le conseil de préfecture, le conseil d’Etat, pour être déchargées du devoir de payer les impôts ou être admises à exercer notre droit de vote. Toutes les juridictions nous ont répondu que leur compétence ne pouvait aller jusqu’à nous faire justice, que nous devions nous adresser à vous.