«Les femmes responsables et contribuables—qui sont comme les hommes des ayants droit à contrôler l’emploi de l’argent qu’elles versent au Trésor et à faire les lois qu’elles subissent—sont encore dans la société destituées de tous les droits.

Nous vous demandons, Messieurs, d’accorder au moins à celles de ces femmes—LES CÉLIBATAIRES ET LES VEUVES—dont les intérêts ne sont représentés par personne dans les assemblées élues, le pouvoir de garantir leur sécurité et de sauvegarder leurs affaires privées en participant à la gestion des affaires publiques.

Les femmes célibataires et veuves ne sont pas mineures, quant à leurs biens personnels, pourquoi le seraient-elles relativement à leur part indivise des biens de la Commune et de l’Etat? Le pouvoir qu’elles ont d’administrer leur fortune privée doit—pour être effectif—avoir pour corollaire le pouvoir d’administrer leur fortune publique.

Nous espérons, Messieurs, que vous accorderez à la moitié déshéritée de la nation française un commencement de justice, en autorisant les célibataires et les veuves à exercer leurs droits de citoyennes.»

Cette pétition, a été à la Chambre et au Sénat, écartée par l’ordre du jour:

A la Chambre des Députés.

M. de Lévis-Mirepoix, rapporteur, après avoir rappelé ma campagne en faveur des droits politiques des femmes dit:

«Aujourd’hui, dans une pétition différente en apparence, mais absolument identique quant au fond, et avec une subtilité d’imagination que nous ne voulons pas lui contester, la demoiselle Hubertine Auclert, réduisant habilement ses prétentions à une classe spéciale de femmes, sollicite l’exercice des droits politiques pour les veuves et les célibataires dont les intérêts ne sont, dit-elle, représentés par personne: elle espère ainsi, par une argumentation spécieuse qui ne manque pas d’une certaine valeur, faire admettre le principe cher à ses rêves, mais qui, une fois introduit dans la législation, ne manquerait pas d’y prendre une dangereuse extension».

«En effet, si ces arguments prévalaient, il faudrait étendre les mêmes droits à toutes les femmes qui, pour des causes diverses, sont privées de quelqu’un pouvant représenter leurs intérêts. La commission ne veut pas s’appesantir sur les graves inconvénients qu’entraînerait une telle innovation.»

Au Sénat M. de la Sicotière, rapporteur, dit: «Tout en imitant la courtoisie dont l’autre chambre a toujours fait preuve à l’endroit de la pétitionnaire, nous avons le regret de ne pouvoir vous proposer que l’ordre du jour.